lundi 17 mai 2010

LA QUESTION DE LA FORMATION A DISTANCE

INTRODUCTION

Penser l’éducation aujourd’hui ne saurait se faire sans tenir compte des nouvelles technologies en générale, qui dans ce domaine favorisent la dynamique d’une nouvelle conception de la formation qu’on nomme : formation à distance. Ainsi, être dans le circuit de cette dernière signifie implicitement avoir une certaine maîtrise de ces outils dont on n’est plus sensé ignorer totalement de nos jours.
En fait, la question de la formation à distance, qui est ici l’objet de notre réflexion, fait encore l’objet d’un certain doute, au point qu’on se demande s’il s’agit d’une utopie ou d’une réalité. Pourtant, bon nombre de personnes s’affranchissent peu à peu de ce doute et adhèrent à l’idée selon laquelle, il est possible d’instaurer une situation enseignement - apprentissage en dehors des salles de classe et sans l’intervention classique de l’enseignant. Avant d’entrer dans plus de détails, il nous importe pour une meilleure compréhension du sujet, de définir ce que c’est qu’une formation à distance. Nous opterons pour la conception du professeur Fonkoua pour qui : « La formation à distance (…) est un ensemble d’activités d’enseignement conçues par une institution éducative pour susciter des actions d’apprentissage par des individus qui veulent suivrent une formation en dehors du cadre de l’école »[1]. Le principe de la formation est basé sur le respect des conditions du processus : « Enseigner à distance et apprendre à distance »[2]. Cela exige une réadaptation du rôle du professeur, qui doit désormais être construit selon la logique de la philosophie de l’autodidacte qui apprend en autonomie.
Le contenu de notre travail consistera à répondre à quelques questions fondamentales telles que : Comment est-on passer de la formation présentielle à la formation à distance ? Comment se construisent les savoirs dans l’enseignement à distance ? Comment user des technologies de l’information et de la communication (TIC) pour une formation à distance ? N’y a-t-il qu’une forme de formation à distance ? Autant de questions qui nous permettront de mieux nous imprégner de la compréhension de notre sujet. Pour y parvenir nous avons structuré le travail en quatre principales parties : De la formation présentielle à la formation à distance ; les TIC dans un contexte de formation à distance, les types de formation à distance et l’intérêt du travail.

I. DE LA FORMATION PRESENTIELLE A LA FORMATION A DISTANCE : DEFINITIONS ET HISTORIQUE

En éducation, toute formation poursuit un objectif à atteindre et est dispensée selon un modèle donné, comme c’est le cas de la Formation présentielle ainsi que de la formation à distance. C’est dans ce sens que dans chaque type de formation et dans tout enseignement en particulier, le tuteur met en œuvre les outils pédagogiques appropriés. Ces outils peuvent être concrets, semi-concrets ou abstraits. L’Enseignant s’en sert pour améliorer la qualité de l’apprentissage, comme il en est aujourd’hui avec les nouvelles technologies

1. Les nouvelles technologies

Certes les nouvelles technologies sont des outils pédagogiques mis en œuvre pour un faire apprendre efficace, pour favoriser les possibilités de formation, elles ne sont pas en opposition avec les anciennes techniques. Il ne s’agit pas non plus de concurrencer, voir de supprimer le livre, mais de les considérer comme des moyens complémentaires à ceux de l’éducation traditionnelle.
Les nouvelles technologies sont des techniques qui ne permettent pas seulement d’enseigner autrement mais aussi d’enseigner mieux. Ce sont des moyens pouvant servir à des fins éducatives. Parmi ces outils pédagogiques, se situent les films, les projections de salle, la télévision, la radio, le téléphone, l’ordinateur, l’Internet et les autres éléments de matériel et de programme permettant l’accès à l’information et la communication avec les autres. Ce qui nous permet de jeter un regard particulier sur :

Les nouvelles générations sont de nos jours façonnées par l’ordinateur, la réalité virtuelle et la vidéo interactive qui influence fortement la construction individuelle. « L’ordinateur, nous dit François Ossama, fait référence à l’ensemble des supports matériels (hardware) et les programmes ou logiciels (software) qui permettent le traitement numérique et automatique de l’information »[3]. On l’utilise comme tuteur (enseignement assisté par ordinateur, etc.) ou outil d’exploration et de communication (apprentissage interactif par à distance). L’ordinateur étant un outil technologique est aujourd’hui le plus grand moyen de transmission et de réception, mis en place soit dans une relation présentielle soit dans une relation distancielle de l’enseigment. Ainsi l’objectif de l’introduction de l’ordinateur dans l’enseignement selon Gabriel (1998) « est de permettre le développement d’une culture informatique et de favoriser le processus d’apprentissage »[4]. Pour ce faire, Baron et Bruillard mentionnent trois rôles de l’ordinateur dans l’enseignement. Premièrement, l’ordinateur est considéré comme un médium dans la transmission de savoirs. C’est pour cette raison que de nombreux logiciels sont conçus pour être utilisés dans le but d’acquisition de connaissances par les élèves. Deuxièmement l’ordinateur et l’informatique sont vus comme matière. De nos jours la gestion et le traitement d’informations à l’aide de cet outil sont devenus incontournables dans presque tous les domaines. Enfin, dans l’enseignement l’ordinateur est considéré comme un outil de production[5]. Par le biais de cet outil, l’apprenant peut produire voire créer en mettant surtout sa liberté, son imagination et sa créativité en œuvre. Il peut, en outre, effectuer une recherche documentaire sur Internet et l’échanger avec d’autres par courrier électronique. C’est dans cette optique que Blanquet affirme : « Cette culture qui prend appui sur des fonctions émergentes vise à simplifier le complexe, à identifier et à montrer les chemins de la pertinence, à donner de la confiance et à accompagner l’autonomie des acteurs »[6]. Ainsi avec l’émergence de l’Internet, les domaines de l’information et de la documentation ont connu des transformations profondes.

b) Internet

« L’Internet est l’interconnexion d’une multitude de réseaux d’ordinateurs disséminés à travers le monde. C’est un réseau des réseaux. Il est constitué de nœuds (serveurs) qui communiquent entre (…), en empruntant des supports physiques divers (liaisons numériques, liaisons spécialisées, satellites, etc.) et en utilisant un protocole qui permet l’interconnexion, à grande échelle, des réseaux constitués de ressources différentes : le TCP/IP (Transmission Control Protocol/Internet Protocol) »[7].

Le réseau informatique a deux grandes fonctions qui sont de communiquer au moyen de l’ordinateur et de former un espace virtuel d’information, par des ordinateurs interconnectés.
Avec le concourt de l’Internet, étudiants et tuteurs ne communiquent dans la plupart de cas que par correspondance : courrier électronique, forum de discussion, échanges des fichiers, vidéoconférence, etc. Grâce à l’Internet, la formation est mise en ligne et est ouverte à un grand public. L’Internet est considéré comme le « pilier autour duquel se construit la société de l’information »[8]. Le réseau Internet a remplacé l’imprimerie et la machine à écrire. Il fascine et facilite l’apprentissage. Aussi, les apprenants s’approprient un moyen de communication, non pas seulement comme utilisation, mais aussi comme création : Ils peuvent écrire, produire, créer. L’apprenant, utilisateur d’Internet, est sans cesse sollicité par la lecture dans toutes les activités informatiques. Celui-ci devient capable d’effectuer une recherche documentaire avec aisance. Avec cet outil, la formation à distance est devenue possible voire une réalité qui s’impose. Ainsi apprendre en dehors du mythe de l’école, du professeur et de la salle de classe est devenu possible car les sources d’apprentissages sont multiples : les mass-médias, les expériences professionnelles, les recherches personnelles sont de plus en plus reconnu comme des occasions pour se former.
Les nouvelles technologies de l’information et de communication (NTIC) sont ainsi des outils de travail destinés à développer l’autonomie, l’entraide, l’ouverture sur le monde et l’esprit critique. En effet, l’intégration des TIC en éducation permet aux apprenants de développer les habiletés de communication, de création, de recherche… L’outil informatique associé à l’Internet constitue le moyen le plus important qu’utilise l’homme pour communiquer avec autrui, et dans notre cas pour la formation à distance. La formation présentielle ayant quant à elle d’autres caractéristiques.

2. La formation présentielle

Pour parler de la formation présentielle, commençons à répondre à la question : Qu’est-ce que la formation ? La notion de formation renvoie à l’action de former, de se former, d’instruire, d’éduquer. On parle alors de formation professionnelle, de formation initiale, de formation permanente ou continue, de formation à distance, formation présentielle, etc.[9]. Le présentiel comme le mot l’indique « est un terme utilisé pour désigner le moment où les personnes qui suivent une formation sont réunies dans un même lieu avec un formateur. La formation en présentiel correspond au mode de formation traditionnel, selon un mode magistral et pour une durée prédéterminée »[10]. C’est une formation qui oblige la présence physique des acteurs concernés. La traditionnelle relation enseignant- enseigné est donc possible dans ce type d’apprentissage. L’apprenant participe activement à sa propre formation et a un mot à dire dans ce qui le concerne. Dans les systèmes présentiels, les apprenants représentent une population homogène quant à l’âge et aux qualifications. Leur lieu de rencontre est unique : la classe, le laboratoire, etc. En outre les apprenants évoluent en situation contrôlée dans un contexte de dépendance à l’enseignant et le suivi de celui-ci se réalise en direct. Les étudiants en âge de scolarisation recherchent une formation qui les prépare à assumer une fonction sociale et professionnelle à l’âge adulte.
En fait, les régimes d’étude en formation présentielle imposent généralement un temps maximal pour acquérir la formation désirée ainsi qu’un rythme d’avancement qui ne tient pas compte des différences individuelles. Les contraintes temporelles qu’elle impose à l’étudiant sont incompatibles avec le mode de vie de l’adulte ayant une responsabilité professionnelle. Mais de nos jours, le couple enseignement-apprentissage dépasse les limites de la l’école classique. Il est désormais praticable en dehors du temps et de l’espace réel.

3. De la formation présentielle à la formation à distance

Pourquoi est-on arrivé à mettre en ligne la formation ? Le contexte d’émergence de la formation à distance conduit à relever plusieurs raisons justifiant sa mise sur pied et celle de l’intégration des TIC en éducation. En remontant l’histoire on se rend compte que « les cours par correspondance sont les ancêtres de la formation à distance »[11]. A partir de 1920, la radiodiffusion qui venait d’être créée prend le relais pour pallier aux nouvelles exigences industrielles et commercial du monde de travail et devient un moyen d’enseignement plus performant que les cours par correspondance. Ainsi en 1921 une radio éducative est autorisée pour la première fois aux Etats-Unis, elle s’étendra par la suite en Angleterre et ailleurs. Les progrès technologiques sans cessent croissant, l’ordinateur et les autres outils nous donnent aujourd’hui ce qu’on appelle la formation à distance avec les nombreux avantages que cela comporte sur le plan social et éducatif, malgré quelques inconvénients.
En effet, la reconnaissance des TIC comme moyens pédagogiques a été à l’origine des développements que nous connaissons à présent. Par conséquent, le nombre de postulants à la formation en présence a connu une baisse considérable de 1989 - 2002. Il s’agit là des dates du lancement de la première et de la dernière promotion de la formation en présence. Ainsi l’effectif est passé de 300 candidats à 5. Il s’agit d’un compte rendu effectué par le centre de recherche sur l’information scientifique et technique, CERIST, en Algérie[12].
La formation à distance a connu une augmentation considérable parce qu’elle a offert à l’adulte la possibilité de pouvoir se former à distance. Certes les raisons évoquées ne sont pas liées uniquement à l’éloignement géographique, mais aussi les concernés connaissent une grosse difficulté du fait qu’ils sont confrontés aux problèmes de gestion de leur temps pour pouvoir concilier leurs responsabilités professionnelles, familiales et estudiantines. En outre, les exigences de leur vie professionnelle les obligent, dans le climat concurrentiel du marché du travail, à acquérir de nouvelles connaissances et des nouvelles compétences pour assurer le maintien de leur emploi et l’amélioration de leur situation socioprofessionnelle[13]. C’est dans ce sens que les contraintes horaires empêchent souvent ces apprenants à suivre une formation en présence car l’apprenant adulte n’y trouve pas un cadre de formation souple qu’il peut adopter et intégrer à son milieu de vie. La distance rend donc la formation en présence impossible.
Pour ce faire, la formation à distance est un grand avantage pour l’adulte parce que celui-ci peut se former selon son rythme qui prend en compte son travail et ses préoccupations professionnelles[14]. Il s’agit là d’une autodidaxie assisté permettant à l’apprenant « la possibilité d’accéder à des sources médiatisées de savoirs sans l’intervention classique d’un enseignant, mais avec le soutien d’un réseau de ressources diverses »[15]. C’est dans cette perspective que la formation est envisagée comme une démarche d’autoformation menée de façon autonome. En effet, avec l’intégration des TIC en éducation, la formation à distance représente une formule pratique, car elle a su répondre à un changement de mentalité.


II- LES TECHNOLOGIE DE L’INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION (TIC) DANS UN CONTEXTE DE FORMATION A DISTANCE

Sur le plan technique et technologique, l’enseignement à distance connaît grâce aux TIC, une véritable révolution pédagogique. Ce qui suscite un radical changement dans les rapports enseignants – enseignés. Si la formation à distance apporte une certaine révolution dans le domaine de l’éducation, les questions de fond au sujet des objectifs éducationnels quant à eux, restent les mêmes. Il s’agit de viser toujours plus de compétence dans la formation. Ainsi, la question sur laquelle nous nous vouerons dans cette partie est celle d’apprentissage : qu’est-ce qu’apprendre et comment apprend-on ?

1. Apprendre à distance

L’apprentissage nécessite des conditions favorables quelle que soit la forme, pour une facilitation du processus qui peut même échapper à l’enseignant. Ainsi dans le cadre de la formation à distance nous aimerions comprendre ce que c’est qu’apprendre et comment apprend-on.

Pour caractériser la façon d'apprendre que représente l'apprentissage autodirigé, il est nécessaire de commencer par s'interroger sur ce que c'est qu'apprendre. Apprendre Selon Reboul, « c’est acquérir une information, ou un savoir-faire, ou une compréhension »[16], et se l’approprier.
L'apprentissage, au sens où il faut l'entendre dans notre contexte, est l'ensemble des activités (exercices, simulations, écoutes répétées, lectures, consultations d'un dictionnaire, usages d’outils de visualisation, accès aux données, etc.), dans lesquelles s'engage quiconque a décidé d'acquérir une compétence dans un domaine bien précis. C'est donc un comportement constitué d'une série plus ou moins longue d'actes variés avec des objectifs à atteindre. Chacun de ces actes se définit par :
- un objectif, qui consiste en l'acquisition de la compétence visée.
- un contenu, qui consiste à utiliser tel support (texte écrit ou enregistré, images, informateur, dictionnaire, etc.), de telle ou telle manière (consignes ou tâches telles que lire, écouter, transcrire, répéter, commenter, interroger...) ;
- des modalités de réalisation : les tâches définies par le contenu de l'acte sont à effectuer à un moment donné, pendant une durée donnée, dans un lieu donné, individuellement ou à plusieurs, etc. ;
- des modalités d'évaluation : tout acte d'apprentissage est nécessairement clos par une appréciation du résultat atteint au regard de l'objectif visé.
Quant au comportement d'apprentissage dans son ensemble, il se décrit en termes de gestion (choix et organisation) des actes qui le composent. Pour que se déroule un apprentissage, il faut, par conséquent, que des actes conformes aux caractéristiques énumérées soient définis et gérés, et que quelqu'un les réalise. S'il est clair que ce quelqu'un ne peut être que l’apprenant, la question se pose de savoir à qui confier la responsabilité de définir et de gérer les actes d'apprentissage.
L’apprentissage selon Piaget consiste pour l’individu en la modification de quelque chose dans ses schémas mentaux quand il a en partie reconstruit ses références cognitives. Piaget distingue deux processus dans le développement de l’intelligence : l’assimilation et l’accommodation. Selon lui :
« Apprendre c'est construire des connaissances au cours de son développement. Cette construction suppose que chaque sujet acquiert des outils conceptuels (mentaux) qui lui permettent de comprendre le monde dans lequel il est et de s'approprier les objets de ce monde. C'est parce que l'homme est actif qu'il acquiert des connaissances »[17].

Dans le cadre de la formation à distance, le contact entre le formateur et l’apprenant n’étant plus physique comme cela l’était dans le système traditionnel, la médiation se fait soit par ordinateur, soit par caméra ; les communications sont asynchrones et le temps est indirect. Cela suppose la maîtrise de l’informatique, de son langage, ainsi qu’une discipline personnelle.
b) Comment apprend-on ?

A la question de savoir qu’est-ce qu’apprendre, peuvent être affilié d’autres questions telles que : Pourquoi apprend-on ? Qu'est-ce qui montre que l'on a appris ? Comment apprend-on ? C’est à cette dernière question que nous essayerons de répondre.
L’apprentissage se fait en permanence, mais il existe des exigences selon les modèles d’apprentissage. L’apprentissage à distance exige du courage pour l’élève. Celui-ci doit être doté d’une grande motivation et de grands objectifs à atteindre. Désir et volonté doivent être ses fidèles compagnons. Il doit adopter un mode de comportement « gestionnel », avec pour caractéristiques :
- « Les attitudes cognitives qui sont la volonté d’apprendre, de gérer son apprentissage, d’être exigeant dans son fonctionnement cognitif, l’attitude positive face aux erreurs ou aux échecs.
- Les conduites cognitives qui se manifestent par le fait de se donner une intention d’apprentissage, de planifier, de réguler, d’évaluer, de réfléchir sur son apprentissage et le mémoriser »[18].

C’est un apprentissage qui se veut autonome. Ainsi, l’apprenant doit être attentif par des observations, des réflexions, des décisions, et des actions. La formation à distance donne assez de temps et de moyens à l’élève pour :
- « Construire son savoir de façon personnelle et progressive, selon un processus intérieur actif. (…), à partir d’une information ou d’une expérience d’apprentissage.
- Traiter l’information reçue en la reliant aux connaissances déjà emmagasinées dans sa mémoire…
- Organiser les connaissances qu’il a emmagasinées dans la mémoire. Car chaque connaissance devra avoir de nombreux liens, ce qui facilite une meilleure récupération et une meilleure réutilisation des données en mémoire. Ceci s’acquiert à partir de modelages, de pratiques guidées, de pratiques coopératives et de pratiques autonomes
- Etre fortement motivé car la motivation détermine le degré d’engagement, de participation et de persistance de l’élève dans ses apprentissages »[19].

La dynamique de l’évolution de l’élève va donc s’inscrire dans une interaction entre des paramètres qui ont la capacité de susciter un comportement durable chez l’apprenant. Et autant que dans le système traditionnel d’éducation, la formation à distance comprend un certain nombre d’acteurs.

2. Les acteurs de la formation à distance

Comme acteurs de la formation, malgré la multitude existante, nous mettrons ici en valeur et de façon sélective le rôle de l’apprenant, du formateur et des outils favorisant la formation.

La responsabilité qui revient à l'apprenant dans le système classique n’est rien d’autre que celle de faire les activités qui lui sont proposées : il n'intervient ni dans la définition, ni dans l'évaluation, ni dans la gestion de l'apprentissage. Dans le cadre de la formation à distance, ce n’est pas la même chose. Ici, les styles d’apprentissage sont des données personnelles qui varient d’un apprenant à l’autre. Les stratégies d’acquisition d’apprentissage sont préférentielles. Chaque apprenant progresse selon son rythme et divers autres paramètres.
Il doit non seulement acquérir un ensemble de savoirs, mais aussi un certain nombre de savoir-faire techniques. Pour cela, il lui faut une méthodologie d’apprentissage lui permettant de définir ses objectifs d’acquisition (ses attentes), de déterminer ses contenus d‘apprentissage (faire un programme d’activités à partir des données disponibles), de déterminer les conditions favorables à l’apprentissage (lieux, durées, fréquences, rythme, etc.), d’apprendre à faire le bilan de ses activités, etc. [20].
Nous remarquons bien dans ce processus une approche constructiviste de l’éducation où l’apprenant est appelé à être actif et partisan à sa propre construction. Il a la possibilité d’évaluer ses progrès et ses connaissances pour se situer par rapport aux autres apprenants, on parle alors d’évaluation interne et d’évaluation externe. Dans ce cas l’éducateur est-il encore nécessaire dans la formation de l’apprenant ?

Traditionnellement, c'est à l’enseignant qu'est confiée la tâche de mettre en place l'apprentissage : c'est à lui de définir ce qui va être acquis, de sélectionner les moyens (supports et tâches) à mettre en oeuvre, de déterminer les modalités d'utilisation de ces moyens, d'évaluer les résultats btenus et de gérer le parcours d'apprentissage
Avec l’introduction des nouvelles technologies et plus encore de la formation à distance, le formateur doit changer de paradigme, et pour mieux accompagner l’apprenant, il lui faut être plus compétent. Ici, il n’a plus à jouer exactement le même rôle que par le passé où il était le promoteur de tout savoir. Son rôle n’est pas de transmettre des informations ou encore de répéter continuellement la même chose. Le formateur est un guide, un facilitateur, un organisateur, un conseiller, celui qui aide et offre des possibilités à l’élève de se construire. Il représente donc toujours une figure importante en éducation.
De plus en plus le terme formateur est même remplacé par le mot tuteur d’où l’expression : tutorat (pour faire allusion à la collaboration, la coopération, l’aide, le soutien, l’assistance, etc.). Etre tuteur nécessite des compétences adéquates pour construire une formation en ligne, la maîtrise des outils dédiés à l’édition sur Internet, il doit aussi tenir compte d’une logique d’apprentissage englobant toutes les avancées technologiques et pédagogiques. « L’éducateur doit apprendre à l’enfant à mieux organiser et structurer les contenus auxquels il accède et surtout, à développer plus rapidement un esprit critique par rapport à ces contenus »[21]. Le bon tuteur travaille en collaboration avec les autres tuteurs. Ainsi, dans ce circuit de collaboration, il reviendra à un membre de coordonner les activités, celui-ci aura alors à assumer dans cette fonction :
« Le souci de rendre plus efficace la formation proposée en la rendant plus homogène. L’accroissement des compétences de l’équipe pédagogique. La nécessité de rendre lisible la formation en concevant un référentiel des formations clair. (…) C’est aussi au fil de la conduite des formations que sa lisibilité apparaîtra pour les apprenants : référence aux objectifs de la formation et perception des acquis obtenus, acquisition progressive de compétences d’apprentissage nouvelles, perception des temps et efforts réels engagés pour les apprentissages, la médiation et la résolution des conflits. La nécessité d’assurer la continuité des interventions et de compléter ou ré-actualiser les travaux réalisés par chaque intervenant dans sa spécialité »[22].

La lisibilité est donc une des conditions de motivation pour l’apprenant. Elle peut être assurée par plusieurs moyens : catalogue, journée d’information, contrat pédagogique définissant les objectifs, etc. Ainsi, entre l’apprenant et le tuteur, se situent les outils et les contenus, comme possibilités de réalisation de la formation, à travers les échanges.

La formation à distance a un dispositif particulier. Un dispositif e-learning, qui est composé d’une communauté d’apprenants, d’une plate-forme d’apprentissage, des tuteurs ou animateurs, des contenus textuels ou multimédia didactiques, d’une stratégie pédagogique et tutorale et des activités de validation de connaissance. En nous référent à la plate-forme, nous constatons que la gestion de la formation diffère d’une plate-forme à une autre. Pour notre contexte
« Une plate-forme pour la formation ouverte et à distance est un logiciel qui assiste la conduite des formations ouverte et à distance. Ce type de logiciel regroupe les outils nécessaires aux trois principaux utilisateurs- formateur, apprenant, administrateur- d’un dispositif qui a pour premières finalités la consultation à distance de contenus pédagogiques, l’individualisation de l’apprentissage et le télétutorat. Autour de ces premières finalités, peuvent s’ajouter d’autres fonctionnalités et d’autres rôles »[23].

La fonctionnalité envisagée est celle relative aux référentiels de formation et à la gestion de compétence, à la gestion administrative, à la gestion des ressources pédagogiques, à la gestion de la qualité de la formation. Il s’agit également des rôles d’administration des matériaux pédagogiques, d’administration de la scolarité ou de la formation.
Ainsi une plate-forme de formation héberge le contenu pédagogique multimédia, contrôle l’accès aux ressources, offre des activités pédagogiques, facilite les activités de tutorat et de pilotage de la formation suivi des cursus apprenants, facilite le pilotage des ressources de l’organisme de formation (gestion des formateurs, des moyens logistiques et techniques), gère la communauté d’apprenants, permet la gestion administrative des documents associé à la formation). Dans le cadre des technologies Web, les plates-formes proposent des activités synchrones, asynchrones, collaboratives ou de Knowledge management (tableau blanc, eportfolio, blog, bureau virtuel, agenda, forum). Il existe environ plus de 200 plates-formes d’apprentissage en ligne dont une trentaine sous licence libre et d’autres sous licence propriétaire. La norme SCORM (Sharable Content Object Reference Model) permet de transposer du contenu d’une plate-forme à une autre plate-forme e-learning. Parmi les plates formes sous licence libre, nous avons Ganesha (une plate-forme d’apprentissage en ligne créée par ANEMA. Elle met l’accent sur des parcours individualisés, organise les activités et les ressources pédagogiques autour de l’apprenant plutôt qu’autour d’un cours) ; Moodle (une plate-forme d’apprentissage en ligne servant à créer des communautés d’apprenants autour des contenus et d’activités pédagogiques) ; Claroline (une plate-forme d’apprentissage en ligne permettant à des cententaines d’institutions à travers le monde de créer et d’administrer des formations et des espaces de collaboration en ligne). Ensuite, il existe des plates-formes sous licences propriétaires telles que Tactic ! LMS (une plate-forme en ligne de gestion et de diffusion de la formation et outil auteur classé dans la catégorie ‘’Rapid Development Tool ‘’. Elle vous permet d’organiser vos dispositifs de formation et de suivre pas à pas le parcours de l’apprenant. C'est-à-dire que l’outil auteur vous permet de créer vos formations rapidement en réutilisant des contenus existants) ; EDUMATIC (pate-forme de création d’exercices et de tests pour des applications en ligne ou hors ligne) ; EPISTEMA (offre une gestion simplifiée mais extrêmement complète de toutes vos activités de formation en ligne. Et pour une solution complète, il est conseillé d’ajouter le serveur d’évaluation EAS). L’évaluation à distance quant à elle a aussi ses particularités[24].

3. Outils et contenus de la formation à distance

Comme tout système formel, la formation à distance exige un certain nombre d’outils et des programmes bien déterminés. En fait, il nous semble judicieux de commencer par définir les nouvelles technologies de l’information qui ont donné accès à la possibilité de la formation à distance.
« Le concept de nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) recouvre l’ensemble des nouveaux supports et techniques de communication, de production, de diffusion et de consommation de l’information, basés sur le numérique, c'est-à-dire la représentation, le stockage et le traitement de l’information sous la forme d’une suite de 0 et 1 appelés des bits »[25].
Les outils pédagogiques et les contenus sont définis à partir des objectifs visés, des dispositifs, des approches pédagogiques et des compétences et des moyens de l’enseignant. Pour mener à bien la formation, l’étudiant et le formateur doivent aussi avoir une certaine compétence dans :
- L’usage des nouvelles technologies, la communication et la gestion au niveau des forums de discussion ou newsgroups (crées en en 1979 par des étudiants américains. Ce sont des espaces de discussion entre personnes intéressées par un sujet précis), du chat (service de communication par le texte en temps réel entre des personnes connectées à Internet), des visioconférences, du courrier électronique, etc.
- La maîtrise des outils de création des pages Hyper Text Markup Langage (HTML) statiques ou dynamiques. Il s’agit en fait d’un langage permettant de créer des pages Web, il utilise une structure formée avec des balises (flèches) permettant la mise en forme du texte. Et nécessite un navigateur web pour la visualisation.
- Les outils de mise en ligne comme le protocole de transfert de fichiers, (File Transfer Protocol, abrégé : Ftp). C’est un protocole de communication dédié à l'échange informatique de fichiers sur un réseau TCP/IP qui est une suite de protocoles et signifie : «Transmission Control Protocol/Internet Protocol» et se prononce «T-C-P-I-P»[26]. (Il est représentatif d’un ensemble de règles de communication sur Internet). Le FTP permet, depuis un ordinateur, de copier des fichiers depuis ou vers un autre ordinateur du réseau, d'administrer un site web, ou encore de supprimer ou modifier des fichiers sur cet ordinateur. Des volumes importants de données peuvent être échangés à travers ce système, ainsi que la diffusion de logiciels, des documents académiques, etc.
- Les médias : Internet, ordinateur, télévision interactive, magnétoscope, téléphone et les supports numériques qui peuvent contenir des cours : CD (disque compact), DVD (digital versatile disc) ou disque vidéo numérique, imprimés, fichiers numérisés, cassette audio, cassette vidéo. Ces supports, à la différence des supports classiques (livres, vidéo) permettent la transmission interactive des connaissances. L’apprenant peut gérer le déroulement de la leçon et interagir avec un professeur virtuel.
Quant aux contenus de la formation, ils doivent être textuels, audios et visuels. Ils suivent sans doute un programme bien déterminé selon les orientations de la formation et les objectifs à atteindre.

4. Evaluation à distance

L’évaluation est un aspect important dans toute formation, qui permet de vérifier son niveau d’évolution. L’introduction des TIC en éducation offre de nombreuses possibilités d’évaluation personnalisées et bien adaptées. Dans le cas de la formation de distance, la plate-forme d’e-learning offre des outils permettant le suivi des activités des étudiants afin de pouvoir les évaluer. Certains campus numériques optent pour l’évaluation sommative en mettant l’accent sur la participation et la production. C’est l’exemple du Campus numérique FORSE, mais il faudrait pour un bon suivi que le nombre d’étudiants soit faible. Dans ce cas, l’enseignant doit : « Suivre de façon régulière ce qui se passe sur les espaces de communication et/ou solliciter l’avis de l’animateur de plate-forme qui a accompagné le déroulement ; évaluer de façon approfondie les documents produits ; les mettre en corrélation pour leur donner du sens »[27]. Il y a une complémentarité dans l’équipe d’encadrement qui permet l’harmonisation de la formation. L’évaluation doit contribuer à la formation de l’étudiant qui se rend bien compte de ses performances et peut les améliorer.
L’évaluation sous forme de QCM est généralement traitée de légère, même si elle permet de se rendre compte que les contenus ont bien été vus et mémorisés. Mais, quant à la compréhension, il est plus difficile de vérifier par cette forme d’évaluation. Car les QCM valident simplement que l’apprentissage a eu lieu. Ils paraissent donc insuffisants pour vérifier « la compréhension d’un mécanisme complexe, (à) l’acquisition des capacités d’analyses ou de conception, l’intégration de notions théoriques »[28]. L’évaluation étant aussi une façon d’apprendre, elle doit être formative et faire partie du processus d’apprentissage.
L’évaluation doit être pour l’apprenant une façon de tester ses capacités et de démontrer son autonomie face aux problèmes à résoudre. Il y a donc favorisation de l’ancrage et appropriation de la formation. Les méthodes d’évaluation peuvent aussi se rapprocher des méthodes en vigueur dans différentes universités.

III. LES TYPES DE FORMATION A DISTANCE
Il existe plusieurs types de formation à distance parmi lesquelles le tout à distance, le tout à distance tutoré, la formation mixte distance/présentielle.
1. Le tout à distance et Le tout à distance tutoré

Les modalités dans le tout à distance sont les suivantes : l’apprenant n’a pas de contact avec l’organisme, il s’inscrit et paye à distance, il apprend dans une autonomie totale et à distance. Les sessions de cours sont réduites et les évaluations fréquentes sont sous formes de QCM ou d’exercices autocorrectifs.
Quant au tout à distance tutoré, le tutorat vient compenser les lacunes du modèle précédent. Il existe divers modes de tutorat avec des techniques et pédagogies aussi variées. Mais tous ont en commun le manque de présentiels sans toutefois minimiser le suivi individuel des apprenants. Le tutorat peut s’effectuer de façon synchrone (session individuelle avec visioconférence, classe virtuelle, chats animés) ou asynchrone (par mail, forum animé ou non animé, téléphone). Savoir les mixer est bénéfique pour une formation optimale[29].
2. Le mixte « distance / présentiel » avec autoformation à distance

Une formation dite mixte offre, à des moments bien précis, une formation en présence ainsi qu’à distance. Ce type de formation à distance cherche à montrer que les rencontres physiques entre tuteurs-apprenants ou apprenants- apprenants ne sont pas exclues. Comment cela s’effectue-t-il ?
S’agissant de la présence physique dans une formation à distance, celle-ci s’effectue lors du démarrage de la formation. Ce qui permet aux apprenants de se repérer mutuellement dès la rentrée et ainsi créer des liens entre eux. C’est un facteur qui facilite la constitution des groupes de travail et l’apprentissage collaboratif. Ce dernier n’implique pas nécessairement un apprentissage de groupe mais plutôt crée la confiance dans les autres pour supporter chacun son propre apprentissage dans un environnement non-compétitif.
En outre, ces rencontres, effectuées d’une manière ponctuelles, permettent aux apprenants d’échanger sur le contenu d’un cours ou de discuter de leurs problèmes d’apprentissage. Le tuteur est une personne ressource, qui joue le rôle de facilitateur et d’aide à l’apprentissage. Ces rencontres peuvent prendre les formes d’atelier où les étudiants réalisent certains travaux prescrits dans un cours et peuvent clôturer cette formation.
Par ailleurs, la suite de la formation se fait à distance où chaque apprenant est suivi plus ou moins individuellement. La communication et l’échange entre tuteur et apprenant, et entre apprenant-apprenant se fait par l’utilisation des outils tels que : mail, forum, vidéoconférence…[30]. L’apprenant est accompagné soit en direct, soit en différé. Il se prend ainsi en charge et prend en main sa formation.
3. La pédagogie d’une formation à distance

Sachant que toute situation pédagogique comporte une pédagogie particulière, il sera important, pour nous, de commencer par définir ce qu’est la pédagogie. Selon E. Durkheim « la pédagogie (…) n’est pas autre chose que la réflexion la plus méthodique et la mieux documentée possible, mise au service de la pratique de l’enseignement »[31]. Cette définition permet de comprendre que la pédagogie est un ensemble de théories dont l’objet immédiat est d’orienter le savoir faire de l’éducateur ou son expérience pratique.
Dans le contexte de la formation à distance, l’utilisation des TIC permet de passer du savoir distribué au savoir disponible, d’un modèle pédagogique transmissif à un modèle de type appropriatif. Le modèle pédagogique étant considéré comme « un ensemble d’éléments qui déterminent et orientent l’organisation et l’action pédagogique ».[32] S’inspirant du triangle pédagogique de Houssaye, il ressort deux types de modèles pédagogiques à savoir le modèle transmissif appliquée à la pédagogie traditionnelle et le modèle appropriatif correspondant à la formation à distance. En fait, ce triangle étant une représentation du modèle pédagogique structure les relations entre trois éléments de base du système pédagogique à savoir : l’apprenant, le formateur et l’objet.
Pour le cas de la formation à distance, certes les acteurs sont les mêmes, mais les TIC modifient le contenu de cette relation. Dans ce modèle, l’apprenant accède directement à l’objet de la formation. Il s’agit là d’un principe de base de l’autoformation. Ensuite, l’objet de la formation est rendu accessible par le travail préalable du formateur. L’apprenant est ainsi directement en contact avec le savoir sans passer par le formateur. Ce qui donne le sens du travail de médiatisation des contenus de la formation. Et enfin, c’est dans un tel modèle que le formateur peut orienter son attention et son travail sur l’apprenant. On peut parler ici d’une formation centrée sur l’apprenant. Le terme de médiation trouve alors sa signification car il s’agit d’un accompagnement personnel que le formateur va effectuer auprès de l’apprenant.
Ce qui permet de comprendre que c’est à partir d’un modèle pédagogique que le formateur choisit certaines technologies qui faciliteront son enseignement. Ainsi les différents moyens de communication à distance disponible avec Internet ouvrent largement les possibilités d’organiser la relation pédagogique. Ces moyens pourraient se repartir en deux catégories :
- Les moyens de communications synchrone qui permettent la communication en temps réel, comme dans une conversation naturelle (téléphone, chat, visioconférence, ect. ces moyens offrent la possibilité d’établir une relation assez proche de la conversation naturelle entre des personnes présentes dans un même lieu.
- Les moyens de communication asynchrone sont considérés comme les successeurs du courrier postal, mais ils sont plus rapides, maniables et moins couteux. A ce niveau la communication connaît un certain intervalle de temps entre la réception du message provenant d’un interlocuteur et la réponse envoyée par un autre interlocuteur. Il s’agit ici du courriel, du forum de discussion, du blog via internet. Ces techniques offrent de très bonnes possibilités de communiquer dans le contexte de l’autoformation à distance. Grâce à ces outils, la communication et la collaboration deviennent donc possibles. Cette interactivité favorisée par les TIC donne à l’apprenant les moyens d’être actif dans son apprentissage. Ainsi, la formation à distance s’inscrit dans un contexte de pédagogie active car l’apprenant est certes encadré, mais il est plus autonome, en collaboration avec les autres et son environnement[33]. Cette présentation sur la pédagogie nous permet de nous référer à James King et à Graham et les autres qui, en 2000 avaient donné sept principes de base d’une pédagogie efficace appliqués aux Formations ouvertes et à distance :
- Une pédagogie efficace est celle qui encourage les contacts entre apprenants et le formateur. Celui-ci peut déterminer des lignes temporelles pour répondre aux messages des étudiants.
- Une pédagogie efficace est celle qui encourage la coopération entre les apprenants. Il s’agit surtout des discussions en ligne qui, pour être efficace : la participation est notée, la discussion en petit groupe portant sur une tâche qui nécessairement doit produire un résultat…
- Une pédagogie efficace encourage un apprentissage actif. A ce niveau, les apprenants soumettent des projets qui sont critiqués par leurs pairs permettant ainsi l’amélioration de leurs projets
- Une pédagogie efficace encourage les feedbacks rapides en donnant une rétroaction sur les renseignements transmis par l’apprenant
- Une pédagogie efficace souligne l’effort à consacrer à la tâche. Ce qui demande de fixer les dates limites des tâches et les travaux
- Une pédagogie efficace met l’accent sur des attentes élevées en donnant des tâches exigeantes en félicitant le travail de bonne qualité
- Une pédagogie efficace respecte la diversité des talents et des façons d’apprendre. Ce qui demande aux formateurs de laisser les apprenants choisir le sujet de leur projet à réaliser[34].


IV- AVANTAGES ET DESAVANTAGES DE LA FORMATION A DISTANCE
La formation à distance tout en résolvant plusieurs attentes dans le domaine de l’éducation à la satisfaction de bons nombres de personnes, montre aussi des limites sociales, géographiques, économiques, etc. C’est que nous avons nommés avantages et désavantages.
1. Avantages
Cette étude sur la formation à distance avec le concourt de TIC, nous permet de constater les différents avantages qu’ils apportent en éducation. Ici, la volonté et la capacité de l’apprenant sont éprouvées, car s’il veut réussir, il lui faut assez de détermination. C’est -à -dire développer l’habileté d’apprendre à apprendre.
- La formation à distance avec le concourt des TIC permet la vulgarisation de l’information à un grand public. Le savoir est ainsi diversifié. Ce qui suscite un grand désir de s’informer, de s’auto former, de se documenter dans tous les domaines possibles par le biais d’Internet sans pour autant se déplacer ni fournir de gros efforts.
En outre, la formation à distance offre une formation moins stressante parce que l’apprenant travaille à son rythme et est à même de s’adonner à plusieurs activités sans que l’une n’empiète sur l’autre. Ainsi dit, une telle formation responsabilise, forme à l’autonomie, à la confiance en soi, à l’auto-évaluation, à l’esprit critique. En restant chez soi, l’apprenant s’ouvre au monde étant donné que celui-ci est devenu un petit village. C’est pour dire que la formation à distance abolit l’espace et le temps parce qu’on peut apprendre et collaborer avec les autres à distance. Et la clarté des outils pédagogiques est un avantage.
L’informatique étant captivante, suscite l’intérêt et le désir de maîtriser ces outils de travail que nous offre notre époque. L’analphabète aujourd’hui est celui qui ne sait pas manipuler l’ordinateur et n’a aucune notion d’Internet. L’utilisateur de ces outils a aussi de fortes chances d’être créatif. D’où la présence de « cyber café », de centres d’informatiques qui sont des lieux de formation, d’autoformation et d’échange. Dans cette même perspective, le professeur Pierre Fonkoua pense que « la formation à distance bien menée peut offrir aux étudiants la capacité de s’assumer soi-même, en cultivant le sens de la responsabilité partagée, l’ouverture aux autres, aux choses et aux idées. Elle peut développer la créativité et l’autonomie dans la pratique de la coopération et l’exercice de la co-responsabilité qu’impose la dynamique de la recherche dans le processus « enseignement-apprentissage à distance »[35].
Les forums offrent la possibilité de communication entre différentes personnes, la liberté d'échange ; l'on peut recevoir une réponse rapidement. Et avoir différents avis sur à peu près tout ce que l'on souhaite. C’est aussi généralement le lieu de rencontrer des personnes qui s'intéressent au même thème que l’on traite, puisque c'est souvent par "secteurs" ou "matières" que cela fonctionne.
Le formateur est obligé à retravailler et formaliser ses cours de façons différentes pour les adapter à cette nouvelle pédagogie. Une exploration qui peut lui apporter beaucoup de satisfaction. Et comme l’enseignement ne produit pas l'acquisition, on peut très bien apprendre avec un «mauvais» enseignant et vice versa.
2. Désavantages

La formation à distance est accueillie par un grand public, mais elle connaît aussi le revers de la médaille :
Si Reboul définit l’enseignant comme celui qui éduquant en enseignant, comment alors une telle affirmation peut-elle être possible dans une formation à distance où l’apprenant n’est pas en contact physique avec son formateur, mais l’est plutôt avec la machine ? A voir son fonctionnement, nous comprenons que celle-ci accorde beaucoup d’importances au savoir-faire parce que c’est la compétence, les intérêts qui sont recherchés. Ainsi le savoir être le savoir vivre semblent être mis de côté. Ce qui signifie qu’ici, l’instruction prime sur l’éducation.
Il convient également de se demander si la formation à distance pourrait être possible en Afrique. Tous, nous sommes témoins du fait que l’outil informatique et Internet sont connus et maîtriser dans les grandes villes pendant que les villages ignorent ces notions. Il y a là un problème d’inégalité car, nous ne sommes pas tous outillés de la même façon. Dès lors, on a l’impression qu’il y a plutôt renforcement des inégalités, au lieu de l’égalité de chance.
Par ailleurs, l’Internet pourrait également être la cause de la présence de certains actes immoraux rencontrés dans nos sociétés car tout le monde a accès à tout type de savoir. Dans le domaine pornographique, par exemple, les enfants découvrent tout à l’Internet et à la télévision et veulent expérimenter tout ce qu’ils voient. Cet outil ne conduit –il pas à la perversion de certains apprenants ?
Le fait d’avoir tout à distance pourrait favoriser le repli sur soi et rendre l’individu proche de celui qui est loin, et loin de celui qui est proche. Il y a risque de disparition du contact humain dans l’enseignement. Or l’enseignement doit s’accompagner de l’éducation. Comment remédier à cette situation qui nous coupe des autres sans parfois le vouloir ? L’auteur Fonkoua pense que « la formation ne peut-être celle d’un homme isolé, elle doit permettre à apprendre « à vivre ensemble », à « travailler avec autrui » au sein d’un groupe et au sein d’une équipe »[36].
La formation à distance pose aussi le problème de l’évaluation des contenues d’enseignements et des compétences à la fois des enseignants et des apprenants. On ne sait plus vraiment qui est l’enseignant et qui est l’apprenant, puisque tous ont droit aux mêmes sources. Un autre danger est celui de l’effort personnel au profit des contenus des sites de recherches. Cette formation pose en même temps le problème des techniques et des stratégies d’enseignements. L’enseigné va perdre une bonne partie verbale de l’enseignement qui ne peut être remplacée par l’électronique.
Le formateur n’a pas assez de possibilités pour percevoir les résistances de l’étudiant, son envie d’apprendre, il agit de manière généraliste dans son contenu et non individualisé. Donc une des faiblesses de cette formation est celle de l’éloignement de l’apprenant, ce qui crée un sentiment de solitude. Or nous savons que, même si l’on apprend seul, il y a aussi toute une dynamique de groupe qui contribue à l’apprentissage individuel.



CONCLUSION
Au terme de notre travail portant sur la question de la formation à distance, nous nous rendons compte que si la question de l’éducation reste une réalité fondamentale pour toute société et à toute époque, les moyens et les méthodes pour l’accomplir ne sont pas les mêmes à chaque époque. Aussi, les nombreuses possibilités que nous offre notre époque, surtout avec les nouvelles technologies en éducation, sont d’un avantage inestimable. Au point que la formation à distance dont il y a quelques décennies était inconcevable est devenue une réalité.
En fait, la médiatisation du processus enseignement – apprentissage ouvre l’accès à l’éducation à un grand nombre de personnes et à des coûts réduits, sans toutefois être ennuyant. L’autonomie dont jouit l’apprenant lui donne la possibilité de réaliser son cursus de formation à son rythme et selon ses méthodes propres. Mais les médias éducatifs offrant des possibilités presque illimitées, les champs de l’acquisition et de la transmission exige simplement de l’apprenant, la prise de conscience de l’existence de ces multiples occasions de formation et une certaine responsabilité. Celui-ci a les possibilités d’accès aux mêmes sources que le formateur, mais, il doit savoir apprendre par lui-même, s’il veut vraiment réussir, c’est-à-dire savoir se définir un programme d’apprentissage, le gérer et l’évaluer, puisque la démarche de la formation à distance est basée sur son autonomie.
Nous constatons aussi que malgré les avantages qu’offre la formation à distance, il y a encore beaucoup à faire pour favoriser plus de participation. Il s’agit d’abord de faire connaître l’existence de cette possibilité qui actuellement est un privilège pour les villes, nous faisons allusion à l’Afrique et au Cameroun en particulier. Puis, faire connaître les modalités d’accès. Dans ce sens, nous pensons avec le professeur Fonkoua, qu’il faut « engager une réflexion de fond sur les principes et les modalités pratiques du déroulement de la formation à distance en Afrique »[37], puisque le fameux triangle pédagogique de Houssaye et même celui de Marguerite Altet ayant dépassé son prédécesseur, ne peuvent plus tenir tels qu’ils sont. Il n’est plus possible de conduire le processus enseignement - apprentissage comme par le passé, hors des temps et de l’espace réel.



BIBLIOGRAPHIE

BERTHIER D., Le savoir et l’ordinateur, Paris, L’harmattan, 2002.
DURKHEIM E., l’éducation morale, Paris, PUF, 1963.
FONKOUA P., Quels futurs pour l’éducation en Afrique ?, Paris, L’Harmattan, 2006.
OSSAMA F. ? Les nouvelles technologies de l’information. Enjeux pour l’Afrique subsaharienne, Paris, l’Harmattan, 2001.
REBOUL O., Qu’est-ce qu’apprendre ?, Paris, PUF, 1980.

Dictionnaire

Dictionnaire universel, Paris, Hachette, 3°édition, 1988.

Sites Internet
- BAPTISTE J.L., Éléments de réflexion. Apprendre à distance : Utopie ou réalité ?, publié le 14 novembre 2005, www.injep.fr/Elements-dereflexion-Apprendre-a.html, 2 mars 2010.
- GABRIEL (1998) cité par E. de Vries, « les logiciels d’apprentissage : panoplie ou éventail ? » in Revue Française de Pédagogie, 2001, p.2 ; http://www.upmf-grenoble.fr/sciedu/edevries/deVries_RFP.pdf, 18-03-2010.
- HOLEC H., autonomie de l’apprenant : de l’enseignement a l’apprentissage, http://epc.univ-nancy2.fr/EPCT_F/pdf/Autonomie.pdf, 4 mars 2010.
- QUINTIN et DEPOVER, Méthodologie de mise en ligne de la formation in « Revue internationale des technologies en pédagogie universitaire », 2005, Numero 2, Educnet, http://www.educnet.education.fr/superieur/glossaire, 18 mars 2010
- KARSENTI Th., (2009), Comment favoriser les étudiants d’Afrique dans les formations ouvertes et à distance : principes pédagogiques. TDR, Numéro 0b, octobre 2006. Récupéré du site de la revue :http://www.revue-tice.infodocument.php ?id=696. ISSN 1817-2466, 10 mars 2010.
- SAID BERROUK, Les TIC dans un contexte de formation à distance : une stratégie de redynamisation de formation en présentiel, in « Revue internationale des technologies en pédagogie universitaire » n° 2, 2005, 18 mars 2010.
- « Modèles pédagogiques et choix technologiques », inspiré de Jean Houssaye,
http://www.ymca-cepiere.org/guide/docs/choix_techno.htm, 8 mars 2010.
- TCP/IP, http://www.commentcamarche.net/contents/internet/tcpip.php3, 8 mars 2010
- www.uquebec.ca/capres/Preoccupations-08-09/60_ans_fad.pdf, 18 mars 2010



TABLE DES MATIERES
INTRODUCTION………………………………………………………………………………….….1
I. DE LA FORMATION PRESENTIELLE A LA FORMATION A DISTANCE : DEFINITIONS ET HISTORIQUE 2
1. Les nouvelles technologies. 2
L’ordinateur 2
Internet 3
2. La formation présentielle.. 4
3. De la formation présentielle à la formation à distance.. 5
II- LES TECHNOLOGIE DE L’INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION DANS UN CONTEXTE DE FORMATION A DISTANCE. 7
1. Apprendre à distance.. 7
a) Qu'est-ce qu’apprendre ?. 7
b) Comment apprend-on ?. 9
Les acteurs de la formation à distance.. 10
a) L’apprenant 10
b-) Le formateur 10
c) La plate-forme.. 12
d) Outils et contenus de la formation à distance.. 13
e) Evaluation à distance.. 15
III. LES TYPES DE FORMATION A DISTANCE. 16
Le tout à distance et Le tout à distance tutoré.. 16
2. Le mixte « distance / présentiel » avec autoformation à distance.. 16
3. La pédagogie d’une formation à distance.. 17
IV- AVANTAGES ET DESAVANTAGES DE LA FORMATION A DISTANCE. 20
1. Avantages. 20
2. Desavantages. 21
CONCLUSION………………………………………………………………………………………23
BIBLIOGRAPHIE. 24
TABLE DES MATIERES. 26


[1] P. Fonkoua, Quels futurs pour l’éducation en Afrique ?, Paris, L’Harmattan, 2006, p. 148.
[2] Idem.
[3] F. Ossama, Les nouvelles technologies de l’information. Enjeux pour l’Afrique subsaharienne, Paris, l’Harmattan, 2001, p.130.
[4] Gabriel (1998) cité par E. de Vries, « les logiciels d’apprentissage : panoplie ou éventail ? » in Revue Française de Pédagogie, 2001, p.2 ; http://www.upmf-grenoble.fr/sciedu/edevries/deVries_RFP.pdf, 18-03-2010.
[5] Baron et Bruillard, cité par E. de Vries, Op. cit., p. 3.
[6] Quintin et Depover, Méthodologie de mise en ligne de la formation in « Revue internationale des technologies en pédagogie universitaire », 2005, Numero 2, p. 8.
[7] F. Ossama, op.cit., p. 186.
[8] Idem., p. 7.
[9] Cf. Dictionnaire universel, Hachette, 3°édition, 1988, p.496.
[10] Educnet, http://www.educnet.education.fr/superieur/glossaire, 18 mars 2010

[11] Soixante ans de formation à distance au Québec- 60 ans FD, www.uquebec.ca/capres/Preoccupations-08-09/60_ans_fad.pdf, 18 mars 2010.
[12] Cf. Said Berrouk, Les TIC dans un contexte de formation à distance : une stratégie de redynamisation de formation en présentiel, in « Revue internationale des technologies en pédagogie universitaire » n° 2, 2005, p. 9.
[13] Ibid., p. 10.
[14] Idem.
[15] P. Fonkoua, Quels futurs pour l’éducation en Afrique ?, Paris, L’Harmattan, 2006, pp. 146-147.
[16] O. Reboul, Qu’est-ce qu’apprendre ?, Paris, PUF, 1980, p. 16.
[17] J. Piaget, Apprentissage, www.chevaleyre.com/.../Apprentissage/apprent3.htm - 8 mars 2010.
[18] P. Fonkoua, Quels futurs pour l’éducation en Afrique ?, Paris, l’Harmattan, 2006, p.153.
[19] Idem.
[20] Cf. Henri Holec, autonomie de l’apprenant : de l’enseignement a l’apprentissage, http://epc.univ-nancy2.fr/EPCT_F/pdf/Autonomie.pdf, 4 mars 2010.
[21] F. Ossama, Les nouvelles technologies de l’information. Enjeux pour l’Afrique subsaharienne, Paris, l’Harmattan, 2001, p. 55.
[22]J.L. Baptiste, Éléments de réflexion. Apprendre à distance : Utopie ou réalité ?, publié le 14 novembre 2005, www.injep.fr/Elements-dereflexion-Apprendre-a.html, 02 mars 2010.
[23] http://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A8me_de_Gestion_de_1%27Apprentissage, 9 mai 2010.
[24] Idem.
[25] F. Ossama, op.cit.,p. 119.
[26] TCP/IP, http://www.commentcamarche.net/contents/internet/tcpip.php3, 8mars 2010.
[27] J. Wallet, Campus numérique FORSE : analyses et témoignages, http://books.google.com/books?hl=fr&lr=&id=N9G9WCXyVKAC&oi=fnd&pg=PA113&dq=comment+evaluer+%C3%A0+distance&ots=7gBzyUG_9C&sig=KNrIJLqSurerPpB5AoTCF7Q3eiQ#v=onepage&q&f=false, 10 mai 2010.
[28] J.L. Baptiste, Éléments de réflexion. Apprendre à distance : Utopie ou réalité ?, publié le 14 novembre 2005, op.cit.
[29] Cf. Idem.
[30] Ibid.
[31] E. Durkheim, l’éducation morale, Paris, PUF, 1963, p. 2.
[32] « Modèles pédagogiques et choix technologiques », inspiré de Jean Houssaye, http://www.ymca-cepiere.org/guide/docs/choix_techno.htm, 8 mars 2010.
[33] Ibid.
[34] Karsenti Thierry (2009), Comment favoriser les étudiants d’Afrique dans les formations ouvertes et à distance : principes pédagogiques. TDR, Numéro 0b, octobre 2006. Récupéré du site de la revue :http://www.revue-tice.infodocument.php ?id=696. ISSN 1817-2466, 10 mars 2010.
[35] P. Fonkoua, Quels futurs pour l’éducation en Afrique ? Paris, l’Harmattan, 2006, p. 154.
[36] Ibid., p. 155.
[37] P. Fonkoua, op.cit., p. 146.

vendredi 7 mai 2010

Cent ans d’évangélisation scolaire au Cameroun, réflexion sur la nature, les moyens et les objectifs de l’entreprise (1885 à nos jours)

INTRODUCTION GENERALE
Toute société survit à travers le temps et l’espace grâce à la transmission d’un héritage culturel de génération en génération. Cette transmission se fait mieux par l’éducation. Pour comprendre la société et les individus qui la composent, il faut cerner son système éducatif, il faut même fouiller l’histoire de cette éducation pour fonder les tenants et les aboutissants qui soutiennent ses manifestations actuelles. C’est ce qu’a fait Engelbert Atangana en mettant à nu les dessous de l’éducation camerounaise dans son œuvre[1] magistral dont les quatre premiers chapitres font l’objet de notre exposé. Sans fermer les yeux sur les exactions inhumaines des occupants allemands avides de richesses, notre auteur ne cesse d’apprécier à sa juste valeur les réalisations hautement novatrices de ces derniers, les qualifiant d’entrée de jeu de « remarquable ». Remarquable ? C’est ce que nous allons montrer en considérant l’administration coloniale allemande en général, leur mission éducative et deux exemples d’éducation, d’abord protestante puis catholique.

I. APERCU GENERAL DE L’ADMINISTRATION DU CAMEROUN ALLEMAND
La période coloniale allemande au Cameroun, qui va de 1884 à 1914, est marquée par deux temps forts, à savoir celui de la conquête qui dure vingt ans et celui de la mise en valeur du territoire concis qui dure dix ans. Durant cette période, l’Allemagne connu 5 chanceliers et 6 gouverneurs du Cameroun. Bien que l’administration de Berlin gardait un œil sur les gouverneurs en place au Cameroun, ceux-ci tenaient à agir de leur propre chef sur le terrain en comptant sur leurs propres hommes de confiance spécialement engagés dès leur prise de fonction. Dans l’ensemble nous pouvons distinguer quatre missions principales dans cette administration marquée par la dureté envers les indigènes, l’opposition initiée par des missionnaires et une amorce d’éducation.
I.1. Les quatre principales missions
-1e mission 1885-1890 : La protection des commerces de leurs nationaux
La première préoccupation allemande est de « protéger le commerce de leurs nationaux »[2], de respecter les colons et missionnaires anglais déjà en place depuis 1845 et de ne pas occuper militairement le territoire. Il est probablement question en ce moment de bien se familiariser avec ceux qui sont déjà en place.
-2e mission 1890-1895 : La réalisation de grands projets
C’est au cours de cette seconde mission que les allemands vont commencer à réellement s’intéresser au territoire camerounais. On connaît alors la réalisation de gros efforts : plusieurs expéditions sont faites à l’intérieur du territoire, le commerce allemand est imposé à tous et surtout « des essais de constitution des troupes indigènes » de maintenance de la sécurité sont effectifs.
-3e mission : L’occupation systématique du territoire
Grâce au secours des troupes indigènes et la pression de Berlin, dès 1895, « le Cameroun va devenir une colonie prospère, organisée suivant le génie national »[3] conçu par l’occupant. Il définit quatre types de région administrative, à savoir les villes de première importance, les villes de moindre importance, les villes militaires et les villes où résident les sultanats. Notons qu’il règne entre les différents chefs militaires, civils et traditionnels un respect des responsabilités individuelles. En somme il a fallu plus de douze compagnies militaires (175 européens plus 1550 indigènes) aux allemands pour asseoir leur autorité.
-4e mission : La mise en valeur de la colonie
Dix-sept ans après leur arrivée, les allemands occupaient et soumettaient déjà l’ensemble du territoire du Cameroun au prix de fortes guerres de résistance réprimées dans le sang. Vint alors la période des travaux de développement pour relier les grandes villes par des voies ferrées et des routes dès 1908. Mais quelques années après, l’exploitation de ces réalisations est jugée économiquement improductive à cause de l’insuffisance des moyens humains et matériels. En fait il y a la naissance d’une opposition incarnée par les missionnaires et quelques commerçants qui dénoncent les abus par la voie de la presse : mépris de l’indigène, travail forcé, dépenses superflues de l’administration, etc. Ce qui conduit à la création « d’un emploi d’inspecteur du travail muni de pouvoirs disciplinaires »[4]. Néanmoins se développent vers 1914 non seulement l’économie, mais aussi une civilisation marquée par le désintérêt, l’humanisme et la morale.
I.2 La dureté de la méthode allemande
La méthode allemande était brutale et se fondait sur un devoir de compensation que les indigènes devaient payer en retour pour tous les investissements coloniaux. Ce qui intéresse l’autorité n’est plus l’occupation du territoire, mais le recrutement forcé des travailleurs et porteurs de la production agricole vers les points de vente. A ce sujet, « les missionnaires estimaient que la méthode suivie sacrifiait de façon excessive les indigènes aux intérêts des colons » [5]. En fait le Cameroun n’est vu que comme « Cameroun utile » à exploiter. Quoi que l’on dise de la méthode allemande ils ne sont pas les premiers à s’imposer par le sang. En effet toute colonisation, quels que soient ses acteurs et les époques, se nourrit de sang.


I.3.Amorce d’une éducation
L’éducation des jeunes, qui sera par la suite l’œuvre des missions religieuses soutenue par le pouvoir civil, est presque inexistante à cette époque. L’honneur revient à un particulier, Alfred Woermann, qui créa la première école en 1885 pour la jeunesse camerounaise. Comme commerçant et propriétaire de cinq comptoirs, il avait une visée commerciale de l’éducation. « Il ne pouvait pas lui venir à l’esprit que l’entreprise de formation de la jeunesse camerounaise pût aussi servir les intérêts des scolarisées ! »[6] D’ailleurs son projet éducatif de 1886, qu’il soumet au gouverneur, comprenait trois types d’établissements : une école primaire élémentaire, une structure de formation des artisans et une formation des moniteurs agricoles. Il est donc évident que jusqu’en cette date de 1885, l’éducation est le dernier souci des occupants allemands. Ils ne sont pas là pour autre chose que s’imposer et exploiter par tous les moyens coercitifs possibles.
II- L’ENSEIGNEMENT : DE VON SODEN A EBERMEIER (1885-1914)

En matière d’enseignement, les grandes puissances coloniales du XIXème siècle ont procédé toutes de la même manière. L’organisation et le développement de l’instruction entre 1884 à 1914 étaient exclusivement une activité des missions religieuses, tandis que le pouvoir civil devait leur accorder des subventions.

II.1. L’organisation de 1910
En 1910, il existait deux écoles publiques ; une a Douala, l’autre à Victoria (Limbe). Ces écoles comportaient quatre classes tenues par des maîtres européens, assistés d’auxiliaires indigènes. Il y avait aussi en cette même année deux établissements, un à Yaoundé et l’autre a Garoua. Le programme comportait les indications suivantes :


[1] Son œuvre mérite d’être lue entièrement pour saisir l’évolution de l’éducation au Cameroun : ATANGANA E., Cent ans d’évangélisation scolaire au Cameroun, réflexion sur la nature, les moyens et les objectifs de l’entreprise (1885 à nos jours), Paris, Harmattan, 1996, 447 p.
[2] Idem, p. 29.
[3] Idem, p. 30.
[4] Idem, p. 36.
[5] Idem, p. 39.
[6] Idem, p. 42.





1er
année
2eme année
3eme année
4eme année
5eme année
Allemand
2 heures
2 heures
4 heures
4 heures
4 heures
Leçons de choses
2 heures
3 heures
3 heures
3 heures
3 heures
Calcul
2 heures
3 heures
3 heures
3 heures
3 heures
Géographie
-
-
1 heure
1 heure
1 heure
Histoire
-
-
-
1 heure
1 heure
Histoire naturelle
-
-
-
1 heure
1 heure
Total
6 heures
8 heures
11 heures
13 heures
13 heures

Le gouverneur du territoire essaya de faire accepter ce programme par toutes les sociétés missionnaires présentes au Cameroun.

II.2. Le rôle de l’Etat dans l’éducation des indigènes
Un an après sa prise de fonction, Von Soden fit parvenir à Bismarck (Chancelier allemand) un rapport portant sur le problème éducatif au Cameroun. Selon lui, il est nécessaire que les indigènes prennent la chose éducative en main. Car la concurrence qui existe entre les différentes institutions (allemandes et anglais), présentes dans la région depuis plusieurs années, ainsi que le retard missionnaire, nécessite l’aide de l’état. Ainsi, les populations indigènes ont le désir d’apprendre la langue allemande et de financer leurs propres écoles.
Von Soden a convaincu les responsables de Berlin pour cette initiative des Camerounais à apprendre l’allemand qui serait profitable à l’Allemagne. Face à ceci, les ambassadeurs présents : Paris, Bruxelles et la Haye furent invité à faire un rapport sur les différentes missions dans les colonies. Ce problème provoqua une polémique dont la durée va de 1887 à 1910. Chacun luttait pour ses intérêts personnels sans commun accord avec l’administration en place. Un des exemples de cette polémique est celle des pères pallotins contre les missionnaires bâlois. Ces derniers encourageaient l’enseignement des langues indigènes à l’opposition des premiers. Pour régler la polémique afin de soutenir l’initiative de Théodore Christaller dans l’ouverture des écoles publiques qu’il a commencée à Douala, le gouverneur envoya un rapport de cette entreprise à Adolphe Woermann, représentant des hommes d’affaires en Afrique de l’Ouest. Ce rapport le poussa à développer d’autres manières qui pouvaient favoriser son activité commercial à travers ces écoles, négligeant les intérêts généraux et surtout ceux des indigènes.
Les écoles devaient être subventionnées par le pouvoir civil tandis que les maîtres devaient donnée une bonne formation aux jeunes Camerounais.


III- L’ENSEIGNEMENT DE LA MISSION PROTESTANTE

La colonisation allemande avait bien d’autres intérêts à protéger que de s’occuper totalement de l’éducation quelle confia aux missionnaires. Ainsi, missionnaires catholiques et protestant se sont activement chargés de l’enseignement tout en participant néanmoins aux idéologies coloniales. Voici u n bref aperçu de l’entreprise éducative de la mission protestante : Elle avait une pédagogie liée au but, un contenu déterminé et n’oubliait pas la formation du personnel pour assurer la pérennité de l’œuvre. Notons qu’il s’agit ici de la seconde période de la mission protestante, la première avait été faite par les missionnaires Anglais de 1844 à 1885.

1- But de l’éducation
Après plusieurs années d’activités, ce n’est qu’en 1912, lors d’une conférence à Douala le 22 avril, qu’a été défini le fondement de l’éducation pour la mission de Bâle (missionnaires Allemands d’origine Suisse : Il s’agissait globalement de libérer les jeunes de tout lien avec le monde païen et de les conduire à Dieu. Pour atteindre ce but, il fallait des « personnalités spirituellement inspirées » afin de mieux mener les jeunes à l’objectif visé. C’est-à-dire à adhérer à la foi des missionnaires. Une des personnalités fut Schuler, qui deviendra un pionnier de l’éducation chrétienne au Cameroun. C’est à lui que nous devons le programme ci-dessus. Dans les programmes scolaires, on note un penchant plus important pour l’éducation des garçons au détriment des filles. En effet le but de l’école garçons était de former des jeunes gens qui manifestaient leur ambition de servir le gouvernement ou le commerce colonial et ceux qui avaient aussi pour aspiration de servir la mission dans le domaine de l’éducation.

2- Le contenu de l’éducation
Concernant le contenu de l’éducation, le programme comportait des cours d’histoire et de géographie de l’Afrique, de l’Espagne, du Portugal, d’Italie, d’Allemagne, du Cameroun. L’histoire du Cameroun était axée sur l’œuvre des explorateurs, l’action des gouverneurs et l’évangélisation du territoire, puis il y avait un bref aperçu sur le passé précolonial. Parlant de l’histoire de l’Allemagne, on faisait allusion à la christianisation de l’Europe, la réforme luthérienne et de façon obligatoire l’histoire du catholicisme. Notons aussi la place importante qu’occupait l’instruction de la langue allemande dont la visée était de la faire parler par la majorité des élèves qui allaient désormais s’engager dans la vie active : n’est ce pas là un des signes très visibles de la domination coloniale qui en s’imposant efface peu à peu l’identité de l’autre en le possédant ? Car l’usage de l’allemand par les indigènes était un atout pour pouvoir accéder à « des emplois bien rémunérés de l’administration et du commerce »[1]. L’instruction du calcul était moins considérée car « les missionnaires avaient les même préjugés que les colonisateurs selon lesquels les Noirs souffraient d’une inaptitude congénitale aux mathématiques. Pour cette raison, ils avaient retenu deux heures de calcul (seulement) par semaine dans leur programme contre trois heures pour l’histoire » p62
Ce programme dressé par Schuler a vite fait de montrer ses limites et la population concernée a montré son hostilité à l’égard de ces méthodes non adaptées aux attentes de la population. Ainsi, le but visé par le programme n’a pu être atteint parce qu’il était au-delà des « connaisances minimales que l’on se proposait de donner aux convertis (…) le programme visait à répondre aux besoins de la mission plutôt qu’à ceux des élèves »[2]
Il fallait faire acquérir une base significative de la morale chrétienne à manifester concrètement dans le vécu ordinaire : « On le voit, en effet, très nettement dans les résolutions adoptées par la conférence »[3]. Ceci dit, plus que la promotion d’une éducation humaine, les missionnaires protestants estimaient qu’il était beaucoup plus important de s’occuper du salut des âmes. Ce qui n’était pas moins appréciable, mais ils oubliaient que le développement social aurait mieux pu disposer les corps et l’esprit à l’accueil de la Bonne nouvelle dont ils étaient porteurs. Le dynamisme de la mission baloise a été très remarquable, en 1912, cette mission représentant la communauté la plus influente comptait déjà 200 établissements situés en majorité dans la zone littorale. On pouvait déceler : Une école d’instituteurs, trois écoles primaires supérieures, soixante et neuf écoles primaires garçons, trente et six écoles de filles, quatre vingt et onze écoles dites de communauté chargées de l’enseignement des langues locales, qui ont été l’objet de la polémique à l’arrivée des Pallotins.
Pour mieux participer à l’éducation des indigènes, les missionnaires avaient fait recours à l’usage de la langue de ceux-ci, pour la dispense des leçons qui serviraient non seulement à la vie pratique, mais plutôt dans le souci de faire passer l’enseignement religieux. Ainsi, les enfants ne pouvaient qu’accéder à une très faible aptitude intellectuelle en lecture, en écriture et en calcul. Conclusion, malgré le dynamisme de la mission protestante au Cameroun pendant la période coloniale, les résultats ont été mauvais et le bilan général négatif. Les missionnaires catholiques viendront avec une autre astuce qui prendra compte de l’homme intégrale.

IV. ENSEGNEMENT CATHOLIQUE

IV.1. Contexte politique

C’est dans les années 1890 que les missionnaires Pallotins commencèrent l’enseignement catholique au Cameroun. Durant cette mission éducatrice, ils ont rencontré autant de difficultés politiques, matérielles, sociales et conjoncturelles. Malgré ces entraves les Pères Pallotins ont obtenu des meilleurs résultats dans leur entreprise d’éducation même si « au départ rien ne laissait prévoir un tel succès ».[4] La situation politique était alarmante et le pouvoir qui était sur place était trop exigeant. Ainsi, il a fallu au Pape Léon XII (le 03/01/1890) de négocier avec le chancelier Allemand HUBERT Von Bismarck l’autorisation pour les missionnaires catholiques de venir assurer l’enseignement catholique au Cameroun. L’obtention de cette permission de s’établir dans les colonies était à trois conditions qui sont les suivantes : Préfets et Vicaires apostoliques devront avoir la nationalité allemande et être nommés avec le consentement du gouvernement. L’autorisation sera refusée aux congrégations exclues de l’Allemagne. Enfin, le droit de regard du Reich sur les écoles de ma mission sera garanti. Et c’est le 01 février 1890 que « l’acceptation par le Pape des conditions du gouvernement allemand fut annoncées, mais les Pallotins pressentis pour aller au Cameroun ne remplissaient pas toutes les conditions exigées. Loin delà, la concurrence protestante fut impitoyable car les Pères Pallotins n’avaient pas « les moyens d’affronter un concurrent expérimenté, solidement installé et qui, en outre, avait l’appui du pouvoir civil pour revendiquer le droit exclusif d’évangéliser toute la côte camerounaise. Après toute une série des difficultés sus mentionnées, voyons comment les Pères Pallotins les ont affrontés afin d’avoir un succès d’un rang élevé sur le plan de leur mission de l’enseignement catholique au Cameroun. Ceci dit, décrivons l’école des Pères Pallotins dans ce temps et, quelles méthodes appliquaient-ils et quel a été le contenu de leur enseignement catholique ?

I.2. L’école des Pères Pallotins

Dans l’histoire que ATANGANA nous relate, l’école des Pères Pallotins a commencé ici au Cameroun en Mai 1891. Elle avait un système d’établissements scolaires principaux et d’écoles satellites à finalité sensiblement différentes. Les premièrs missionnaires catholiques, c'est-à-dire des Pères Pallotins s’adonnaient en priorité à la scolarisation de la jeunesse proprement dite, les autres jouaient le rôle des centres des stations autrement dit des écoles de conversion. A la station principale revenait la tâche d’éduquer au sens général du terme. Pour arriver au bon rendement de leur école catholique, chaque missionnaire Pallotin devait considérer son école de station comme une affaire personnelle à prendre directement en charge et sous responsabilité exclusive d’autre part. Il devait donc s’approprier sa classe et la faire sienne pour des bons résultats. En ce temps, les établissements offraient un cycle de cinq ans de formation au cours duquel les élèves se familiarisaient avec la langue allemande. Les deux premières années étaient consacrées à l’apprentissage de cette langue comme matière de programme et par la suite, celle-ci deviendra une langue vernaculaire au cours du deuxième cycle de trois ans.

I.3. La méthode et son contenu

Une caractéristique de la méthode des Pallotins se manifeste au niveau de l’organisation de leur activité : ils ne travaillaient jamais sur la base d’un programme unique applicable dans tous les établissements de même catégorie, mais s’appuyaient sur des principes directeurs, des orientations générales que chaque responsable interprétait à la lumière des données expérimentales et des impératifs de l’action. En effet, « il y avait un consensus général sur les connaissances à faire acquérir à l’enfant, basée sur les normes de la « volksschule » allemande.[5] L’absence de programme aurait pu constituer un obstacle à l’expansion scolaire et conduire à la dispersion des efforts. Mais c’est l’inverse qui s’est produit car les écoles catholiques ont pu se révéler supérieures à celles de la mission bâloise (….) elles jouissaient d’une grande popularité auprès des élèves et de leurs parents ; elles obtenaient des meilleurs résultats aux examens et, ce qui est encore plus important, leurs élèves faisaient montre de grandes qualités humaines. En effet, en mettant très tôt l’accent sur l’enseignement de la langue allemande, les Pères Pallotins ont suivi l’évolution qui leur a permis de s’attacher très vite les populations.[6] Cependant, « les méthodes d’éducation des Pères Pallotins méritent d’être mieux connues » et leur pédagogie avait son efficacité car chaque enseignant pallotin s’efforçait d’inventer sa propre pédagogie appropriée à sa classe.[7]

INTERET DU TRAVAIL
Quel intérêt avons-nous à retourner dans le passé colonial et à nous attarder à l’analyse des methodes éducatives aujourd’hui dépassées ? La réponse nous est donnée par le professeur Pallante :
« De l’histoire d’une discipline, il faut en dégager le contexte, les difficultés, la réalisation des idées, comment on les comprend et les change. Il s’agit de voir les hommes à l’œuvre dans une situation précise pour transformer leurs idées en actes. L’histoire de toute discipline manifeste des continuités et des authentiques changements »[8]
Ceci dit, nous avons tout intérêt à nous y attarder pour mieux comprendre la place de l’enseignement au Cameroun et quels ont été les enjeux de départ afin de pouvoir le repenser autrement. Les péripéties de son évolution interpellent bon nombres d’éducateurs aujourd’hui à mieux adapter les orientations de cet enseignement aux attentes, à la fois, et des éduqués, et de la nation, afin que l’éducation au Cameroun d’aujourd’hui et de demain désormais lié à la mondialisation soit à la hauteur de l’homme mondialisé. Cela signifie qu’il faut prendre en compte le principe d’identité et de solidarité organique. Nous pensons que Les cent ans d’évangélisation scolaire au Cameroun, réflexion sur la nature, les moyens et les objectifs de l’entreprise (1885 à nos jours) de Atangana E., nous invite dans ce sens.

CONCLUSION
Notre travail a consisté à donné un aperçu général de l’administration du Cameroun allemand, où à travers une méthode rude organisée en quatre missions principales qui sont : La protection des commerces des nationaux Allemands, la réalisation de grands projets, l’occupation systématique du territoire et la mise en valeur de la colonie, elle a laissé une emprunte indélébile dans l’histoire du Cameroun. Le souci de l’éducation a été une priorité assignée aux œuvres missionnaires catholiques et protestantes qui l’ont plus ou moins bien géré selon leurs objectifs et les pédagogies mises en place. L’éducation au Cameroun a été facilitée par l’évangélisation. Malgré les exactions, le Cameroun d’aujourd’hui reconnaît dans son développement le rôle important qu’a joué l’Allemagne avant d’être remplacée par les alliés Français et Anglais.

BIBLIOGRAPHIE

ATANGANA E., Cent ans d’évangélisation scolaire au Cameroun, réflexion sur la nature, les moyens et les objectifs de l’entreprise (1885 à nos jours), Paris, Harmattan, 1996, 447 p.
PALLANTE G., Esquisse d’histoire de l’éducation, Yaoundé, 2008, 59p.
[1] P.61
[2] P 62
[3] P.59
[4] Idem p.65.
[5] Cf.p.67.
[6] Cf. p.67.
[7] Cf.p.71.
[8] PALLANTE G., Esquisse d’histoire de l’éducation, Yaoundé, 2008,(59p),p.3

La philosophie du langage chez Sylvain Auroux : le rapport communicationnel du langage

Introduction

Traiter de la question du langage, c’est s’aventurer dans un domaine où philosophes, scientifiques et linguistes ont fait couler beaucoup d’encre. Les médiévaux ; Thomas d’Aquin et Occam notamment, avaient déjà fait la distinction entre le langage interne, qu’ils appelaient ‘verbe intérieur’ et externe ou ‘voix proférée’. Les modernes : Descartes, Hume pour ne citer que ceux-là, ont mis l’accent sur l’aspect privé du langage. La philosophie contemporaine, avec la phénoménologie, met l’accent sur la conscience qui n’est jamais une conscience pour soi, mais plutôt une ouverture au monde.
Cependant, constatant que l’homme est embarqué par l’évolution technologique, certains philosophes ont repensé la question du langage, en dialogue avec d’autres sciences du langage. C’est dans cette logique que Sylvain Auroux, a réfléchi sur le rapport communicationnel du langage, dans un monde mondialisé et gouverné par les révolutions technologiques. Tout en s’inscrivant dans la ligne de ses prédécesseurs, Auroux va plus loin dans son raisonnement en montrant qu’il nous est impossible de traiter du langage sans nous référer à tous ces moyens que la science met aujourd’hui à notre disposition et qui constituent également des moyens de communication d’une grande importance.
En d’autres termes, on ne peut pas traiter de la philosophie du langage en ce troisième millénaire, comme le firent les Présocratiques ou encore les médiévaux. Nous essayerons d’analyser sa Philosophie du langage.

La question de l’origine des langues
La question de l’origine des langues a été l’objet de spéculations mythiques, et des discussions rationnelles :

Que l’homme parle est une énigme ; qu’il soit seul à parler est tout aussi mystérieux, voire parfois l’objet d’un doute ; qu’il puisse le faire, enfin, selon des langues aussi différentes qu’elles sont mutuellement incompréhensibles, est, à première vue, inexplicable. Ce sont ces interrogations auxquelles répondent les mythes.[1] Ainsi parle Auroux

Dans le livre de la Genèse, d’une part Adam donne des noms aux animaux et aux choses, ce qui explique la première langue et le privilège de l’humanité ; d’autre part, Dieu, en mettant fin à la construction de la Tour de Babel, donne naissance à la première diversité des langues.
Les hommes et les bêtes, bien que disposant d’idiomes spécifiques, possèdent d’abord quelques possibilités de communiquer, jusqu’à ce qu’un événement malheureux prive les seconds de la parole et instaure la différenciation entre la nature et la culture. La parole humaine n’est ni un simple bruit, ni un simple cri, car sa reconnaissance et sa distinction sont intuitives. Ce qui caractérise le langage, c’est sa nature fonctionnelle. Dans le cerveau, les aires du langage sont formées dès avant la naissance et font donc l’objet d’un développement ontogénétique. Au tournant du XVIIIème au XIXème siècles, les tentatives d’éducation du Dr Itard sur l‘enfant sauvage’ Victor, trouvé dans l’Aveyron,ont apporté un résultat fondamental. Victor n’a jamais pu apprendre à parler. La théorie darwinienne a dit que l’être humain est un produit de l’évolution. Ce qui signifie que les langues elles-mêmes sont des produits et ont un commencement. Comment dater l’apparition de la faculté du langage et des premières langues ?
La discussion sur les origines des langues a été épineuse, parce que, dans une époque de laïcisation, il s’agissait d’appréhender la nature même de l’homme et d’affronter le dogme biblique.
Quantitativement il n’y a pas d’époque, excepté peut-être la seconde moitié du XXème siècle, où la question de l’origine des langues ait été autant débattue que durant le XIX. Tout d’abord nous devons écarter ce qu’il peut y avoir d’universellement commun entre les langues, comme quelque chose de contingent et d’accidentel. Le rejet de l’origine est un acte épistémologique préalable qui rend possible le fonctionnement du programme comparatiste.
Le concept structural de la langue, parce qu’elle ne peut définir les éléments qu’en relation des uns aux autres, possède des conditions similaires de fonctionnement quant à la question de l’origine
Les Grecs définissaient l’homme comme un « animal possédant le logos ». Ce qui a été traduit depuis le Moyen Age latin par animal rationnel, ce qui ne signifie pas tout à fait la même chose. Chez Héraclite, il désigne autant l’expression de la pensée humaine, que le principe déterminant le devenir cosmique. Chez Parménide, c’est l’argumentation par opposition à la sensation, ce qui correspond donc à l’être et à la vérité. Le logos-raison est ainsi la même chose qu’il s’agisse de la parole ou de l’être. Platon dira que la pensée est le dialogue intérieur que l’âme se tient à elle-même, tandis que le logos, le discours, est la pensée qui s’écoule de l’âme vers l’extérieur sous forme de flux vocal.
Le propre du langage humain est d’être parlé par des sujets, situés hic et nunc, qui ne se contentent pas d’exprimer un contenu représentatif, mais donnent aussi leur point de vue sur ce contenu.

Peut-on parler de langage animal ?
Le problème moderne du langage des animaux a été ouvert par le dualisme cartésien. En séparant radicalement l’âme du corps humain, Descartes fait donc des bêtes qui ne possèdent pas d’âme de pures machines mécaniques. K. Von Frisch est cependant parvenu avec les abeilles à un autre résultat. Il a démontré de façon expérimentale que des abeilles exploratrices étaient capables de transmettre à d’autres abeilles, par la forme de leur danse et leur inclinaison par rapport au soleil, la position d’un champ de fleur qu’elles avaient repéré. Cependant il reconnaît que ce système diffère radicalement du langage humain par plusieurs traits essentiels, notamment l’absence de dialogue entre l’abeille émettrice et l’abeille réceptrice, l’impossibilité d’une abeille de construire un message à partir d’un autre message, et la non-analysabilité du message en unités constituantes. Ainsi, chez les abeilles « il s’agit d’un mode de signaux ». Peut-on conclure qu’aucun autre animal que l’homme ne possède la capacité de manipuler un véritable langage ?
Premack remarque que le chimpanzé possède les compétences nécessaires, mais ne semble pas les utiliser. S’il ne le fait pas, ce serait parce que les conditions de ses motivations ne se sont pas suffisamment imposées à lui pour l’amener à s’en servir. En tout état de cause, une conclusion semble s’imposer : on ne rencontre pas, parmi les systèmes de communication animale, quelque chose qui soit exactement de la nature du langage humain. Le langage humain est un tout irréductible à la somme des propriétés qui sont supposées le caractériser. Cette remarque suscite une interrogation qui demeure valable même en rendant justice aux capacités intellectuelles des singes et en concédant que certains mécanismes qu’ils parviennent à maîtriser entrent bel et bien en jeu dans le fonctionnement du langage humain. On peut toutefois se demander : Si les singes ont effectivement des aptitudes leur permettant d’acquérir, sous l’effet de l’apprentissage, une certaine maîtrise du langage, comment se fait-il qu’ils aient pas spontanément développé son usage ? Le préhistorien André Leroi-Gourhan a insisté sur les liaisons neurologiques qui unissent les deux types d’activités :
(…) Chez les primates, les organes faciaux et les organes manuels entretiennent les uns et les autres un égal degré d’action technique. Le singe travaille avec ses lèvres, ses dents, sa langue et ses mains, comme l’homme actuel parle avec ses lèvres, ses dents sa langue et gesticule ou écrit avec ses mains. Mais à cela s’ajoute le fait que l’homme fabrique aussi avec les mêmes organes et qu’une sorte de balancement s’est produit entre les fonctions : avant l’écriture la main intervient surtout dans la fabrication, la face surtout dans le langage ; après l’écriture, l’équilibre se rétablit. [2]

Pour Leroi-Gourhan, évolution biologique, progrès technique et évolution de la fonction symbolique se conditionnent réciproquement. Cependant il fait noter que l’une des spécificités du langage humain est d’être caractérisé par une structure abstraite susceptible d’être transposée de multiples façons.

L’apport de l’écriture dans la communication
Le langage humain est un phénomène profondément lié à l’évolution corporelle des hominidés. Quoiqu’il s’agisse d’une manifestation du comportement individuel, il est irréductiblement une manifestation du comportement individuel qui met en jeu le corps et la maîtrise d’un nombre important de contrôles psychomoteurs. Le phénomène le plus étonnant est, en effet, l’existence de supports transposés. On connaît les supports transposés qu’utilise le comportement humain : transposition d’un langage donné en un langage par gestes, qui peuvent conserver matériellement un support audio-oral. Le monde moderne a connu la multiplication des supports transposés, dans le but de communiquer à distance : analogique comme les variations d’intensité électrique utilisée dans les premiers téléphones et celles des ondes radio ou digitaux comme le morse et, plus généralement, aujourd’hui les techniques de numérisation du son qui débordent largement le langage. Parmi ces supports transposés, le plus important est incontestablement le support graphique, non seulement parce qu’il utilise la bidimensionalité de l’espace planétaire, mais encore parce qu’il est le premier support qui ait permis à la parole humaine de subsister en dehors de la présence de son émetteur.
L’invention de l’écriture, que l’on doit considérer comme la première révolution technologique dans l’histoire de l’humanité, est relativement tardive par rapport à l’apparition du langage. Le philosophe anglais Warburton voit essentiellement trois étapes dans l’évolution de la diversité des systèmes de l’écriture qui mène jusqu’à nous : le stade pictographique où l’écriture représente directement l’aspect extérieur des objets du monde, le stade idiographique, où elle coderait les idées par les mots, le stade phonétique, enfin, où ce sont les sons du langage eux-mêmes qui sont codés. Aristote dira : « Les sons émis par la voix sont des symboles des états de l’âme et les sons écrits les symboles des mots émis par la voix.»[3]

L’écriture et le pouvoir
Si le langage est en quelque sorte présent dans toutes les sociétés humaines et se trouve en quelque sorte coextensif à leur existence, l’écriture ne l’est que dans certaines d’entre elles. Comme le notait Rousseau ; « L’art d’écrire ne tient pas à celui de parler. Il tient à des besoins d’une autre nature qui naissent plus tôt ou plus tard selon des circonstances tout à fait indépendantes de la durée des peuples et qui pourraient n’avoir jamais eu lieu chez des nations très anciennes.»[4] Il est incontestable que l’écriture n’apparaît que dans les sociétés fortement hiérarchisées et entretient dès l’origine des relations très étroites avec les diverses instances de pouvoir que les sociétés humaines connaissent.
Rousseau a ouvert la problématique moderne du langage : on rend ses sentiments quand on parle et ses idées quand on écrit ; en écrivant ont est forcé de prendre tous les mots dans l’acception commune ; en disant tout comme l’on l’écrirait on ne fait plus que lire en parlant. Le silence est une forme de communication humaine que crée la parole : « Que de choses sont dites sans ouvrir la bouche ! Que d’ardents sentiments se sont communiqués sans la froide entremise de la parole »[5].
On peut caractériser le passage de l’oral à l’écrit par la standardisation, c’est-à-dire la mise en formes fixes. Cependant quel que soit le degré d’unification d’une communauté linguistique, l’oral reste indissolublement marqué de spécificités individuelles (sexe, âge, état de santé, état de tension du locuteur) et sociales (origine géographique, appartenance sociale du locuteur). Le message oral peut même porter les marques de la relation sociale symbolique entre le locuteur et l’interlocuteur. La mémoire des sociétés orales ne fonctionne pas de la même façon que celle des sociétés graphématisées. Plus précisément elle est sujette à un phénomène aisément observable dans la vie quotidienne : Lorsqu’on demande à quelqu’un de restituer le plus fidèlement possible une conversation quelconque, le sujet restitue presque toujours une glose fidèle au contenu du message, mais généralement peu à sa forme. Les sociétés orales sont des sociétés où la restitution des messages linguistiques est le plus souvent de l’ordre de « l’à peu près » et où, par conséquent, le synonyme est d’un usage généralisé. Avec l’écrit s’instaure au contraire le règne de la ‘fidélité à la lutte’ et donc de la méfiance à l’égard de la synonymie, voire de la contestation même de son existence. L’écriture conduit à des transformations profondes des pratiques langagières. L’absence du locuteur oblige à expliciter les paramètres de l’énonciation laissés implicites à l’oral. Dans l’échange face à face, ils se réfèrent à partir de l’ici et maintenant du locuteur, de sa position corporelle dans l’espace et le temps. Dans l’écrit, c’est le renvoi du déictique qui est identifié.

La raison graphique
Dans le développement intellectuel de l’humanité l’apparition de l’écriture est une étape aussi importante que l’apparition du langage articulé. La raison graphique se distingue par les possibilités qui sont interdites au langage simplement oral. Le travail le plus marquant de la raison graphique est la bidimensionalité, l’utilisation de l’espace planaire : l’écriture n’est pas le seul support transposé de la parole humaine, mais elle est le seul qui soit de nature spatiale et qui dispose de la fixité.
Les techniques intellectuelles offertes par l’écriture permettent donc de nouvelles performances cognitives, liées à la raison graphique. La formalisation est liée à la nature du langage et à la possibilité d’un procédé que nous appelons littérarisation. Avec la raison graphique et l’écriture, l’espace est devenu la dimension la plus authentique de la pensée humaine.

L’écriture et la naissance des sciences du langage
Il n’y a de science du langage que lorsqu’il y a un savoir métalinguistique, lorsque l’on dispose d’un langage pour représenter un autre langage. Les arts du langage naissent avant les sciences du langage. Sylvain Auroux écrit :
il y a des poètes, des conteurs et des orateurs dans les sociétés orales, sans qu’il y ait des arts poétiques ou des rhétoriques, de même qu’il y a des truchements sans qu’ils aient appris les langues étrangères autrement que par immersion. La naissance des sciences du langage est le passage d’un savoir épilinguistique à un savoir métalinguistique. [6]

Le processus d’apparition du langage est un processus d’objectivation considérable et sans équivalent antérieur. Les textes ont désormais la possibilité d’être fixés tels qu’ils ont été à un moment donné du temps, inaltérables en eux-mêmes. Ce sont, en quelque sorte, la philologie et la lexicologie qui apparaissent en premier comme mode d’appréhension du langage.
Dans la civilisation indienne ancienne, l’écriture possède un statut intellectuel et social plutôt modeste. On l’utilise avant tout pour des activités de gestion ; mais les textes de Védas sont sus par cœur afin d’être récités lors de cérémonies rituelles. En un mot la grammaire relève de la raison graphique qui possède pour caractéristique essentielle l’objectivation et la bidimensionalité.
Derrida utilise deux sens du mot écriture : l’un pour désigner ce que l’on entend habituellement par ce terme, l’autre pour désigner une instance mystérieuse qui en serait, notamment, la condition de possibilité. Cette démarche conduit à ce que l’on appelle un paralogisme. D’un côté il faut que l’entité mystérieuse soit une écriture, de l’autre, que l’écriture également acquière la propriété pour ne pas être une représentation du langage oral. L’écriture permet de dépasser la linéarité au profit de la bidimensionalité et, cette bidimensionalité est essentielle à la connaissance des sciences du langage. Depuis Ferdinand de Saussure, l’on oppose deux dimensions du langage, l’axe syntagmatique et l’axe paradigmatique. Dans sa pure oralité, la parole est liée à l’individu ; sa possibilité est enfermée dans ses capacités, quand bien même celles-ci doivent se développer dans un rapport d’échange symbolique avec ses semblables. Avec l’apparition du support transposé de l’écriture, nous assistons à un processus original d’externalisation, comme le note Leroi-Gourhan : « Avant l’écriture la main intervient surtout dans la fabrication, la face surtout dans le langage, après l’écriture l’équilibre se rétablit.»[7]

Pensée et langage
Par pensée on désigne habituellement un type d’activité essentiellement exemplifiée dans les sujets humains au point que l’on peut envisager d’en faire leur trait distinctif par rapport aux autres animaux. C’est à ce type d’activité que l’on rattache la capacité d’entrer en contact avec autrui, de prévoir ce qui va se passer, de décider d’une action en fonction de ce que l’on a vécu. On distingue deux éléments dans la pensée proprement dite : d’abord une représentation ou contenu de pensée, ensuite l’activité même de la pensée en tant justement qu’elle est activité. Le langage est une réalité matérielle parfaitement identifiable comme tel. Il paraît évident qu’il y a un certain rapport entre pensée et langage : la conception traditionnelle fait du langage une antériorité de la pensée. Descartes dit que « Le langage humain suppose la raison, conçue comme un instrument universel qui peut servir en toutes sortes de rencontres. »[8] La pensée humaine, selon Auroux, est conscience, car là où il n’y a pas de conscience il n’y a ni pensée ni langage, tout au plus une image de la pensée ou du langage.
Il se trouve cependant que l’intentionnalité joue un rôle particulier dans les discussions, parce qu’elle est une façon d’aborder la relation entre le langage et la signification. Seul un sujet pensant peut dire ‘je’’. Pour parler il ne suffit pas de faire des phrases correctes, il faut encore les ancrer dans le monde perçu. Husserl a parfaitement vu ce problème et y a répondu par l’intentionnalité comme acte donateur de sens. C’est dans l’interaction sociale que naît le signe et dans l’utilisation socialisée des signes que naissent et se développent l’intentionnalité de signifier et la conscience. En tout état de cause, ce qu’il manque à l’ordinateur pour parler comme un homme, ce n’est pas de disposer d’une âme ou d’entités intentionnelles comme les idées, c’est d’avoir un corps et de pouvoir être immergé dans une société.

Langage et subjectivité
Considérée dans son extension la plus large, la notion de subjectivité désigne la conscience intérieure de soi. Seul le sujet a accès à cette intériorité, à partir de l’objectivité du monde externe. Chez Heidegger, le langage, ontologiquement coextensif au champ de l’intersubjectivité, met en jeu le destin du sujet dans son rapport à la vérité et au sens. Le rapport fondateur de la conscience au sens, recouvre en fait un double problème : « Celui de la capacité de la conscience, en tant qu’instance psychique, à s’atteindre dans sa propre vérité, et celui de la transparence du sens à lui-même.»[9] Pour Heidegger, la parole a ses racines dans la constitution existentiale du Dasein. Ce qui se passe entre un locuteur et un auditeur est fondamentalement une situation existentiale. La base du langage est dans la discursivité et non dans la grammaire ou la logique. La discursivité est le propre d’un homme dont l’être est toujours déjà dehors, et sans cesse engagé dans une ouverture aux autres hommes comme au monde :
Nous possédons une science du langage, et pourtant l’être de l’étant qu’elle prend pour thème reste obscur ; plus encore : l’horizon d’un questionnement possible à son sujet est voilé (…) La recherche philosophique devra ici renoncer à une philosophie du langage pour s’enquérir des choses mêmes, et se mettre aussi dans l’état d’une problématique conceptuelle clarifiée. [10]

Le Dasein est parlant, non parce qu’il serait un intérieur séparé de l’extérieur, mais parce que se comprenant en tant qu’être-au-monde, il est déjà dehors.
Dans la perspective heideggérienne, la compréhension du langage est donc détachée de toute approche instrumentale. Le langage dans son essence, n’est pas le moyen pour un organisme de se manifester, ni non plus l’expression d’un vivant. Le langage est la venue à la fois éclairante et celante de l’être lui-même.
Dans Les Investigations, Wittgenstein procède à la réfutation de l’idée qui était au fondement de sa première philosophie. Le Tractacus avait en effet pour objet de dégager les règles qui étaient supposées régir la structure logique du langage. Il revient sur la prétention philosophique qui fut la sienne dans la première de ses œuvres, pour montrer que plus l’examen du langage est réel, plus l’idée d’un langage idéal est contradictoire. La question des jeux de langage fait toucher au point le plus problématique, et compte donc parmi les controverses de la philosophie de Wittgenstein. Qu’est-ce qu’un jeu de langage ? Dans Les Investigations, le philosophe propose un exemple simplifié à l’extrême. Il s’agit d’un constructeur A qui parle à son aide B. Par exemple A dit « Dalle » et B lui apporte une « dalle ».
Un jeu de langage, c’est donc un élément linguistique assorti des conditions empiriques de son utilisation. Aucun jeu de langage ne respecte l’essence du langage, il n’est que l’une des multiples pratiques possibles du langage ; il ne peut signifier que par ostension, c’est-à-dire si le contexte extra-linguistique est donné. [11]

Les problèmes posés dans le Tractacus, à commencer par celui des rapports entre langage, pensée et réalité, peuvent donc trouver leur solution dans la grammaire ; c’est dans le langage que tout se règle, dit Wittgenstein. La construction de langues idéales n’a pas d’autre fonction que thérapeutique, et n’a jamais eu, en fait, d’autre objet que de parer aux troubles de ceux qui pensent avoir saisi l’usage précis des mots, comme dit Wittgenstein dans le Cahier Bleu : « La reconnaissance de la multiplicité des usages possibles du langage exclut donc toute réduction à un modèle unique, reconsidère la problématique classique selon laquelle un acte de langage comprend à la fois la manipulation de signes et leur interprétation. »[12] L’argumentation de Wittgenstein contre la possibilité d’un langage privé vise précisément à montrer le caractère fondamental du jeu de langage qui permet la représentation des états mentaux.
L’analyse de la douleur dont il fait un exemple particulièrement probant, montre en fait l’aspect déterminant du jeu de langage. La connaissance que nous pouvons avoir de la douleur de l’autre ne serait donc jamais du même ordre que notre connaissance du monde physique extérieur. Le principe de la différence entre les jeux de langage implique que, ce que nous utilisons comme ‘description’ n’est rien d’autre qu’un instrument disponible pour des applications particulières. En ce sens, dit-il, la description de la douleur n’est pas ‘une affaire privée’; parce que mon langage n’est pas un langage privé, car il suppose la référence à des critères publics de l’usage linguistique. S’il faut assigner quelque chose de commun aux thèses de Heidegger, Lacan et Wittgenstein, on ne pourrait mieux l’exprimer que sous la forme d’un refus du métalangage. Les trois formulent explicitement leur rejet :
Depuis peu, la recherche scientifique et philosophique vise toujours plus résolument à produire ce que l’on nomme ‘la métalangue’. La philosophie scientifique qui poursuit la production d’une telle « super parole » se comprend elle-même conséquemment comme métalinguistique. Ce mot sonne comme métaphysique ; mais il ne fait pas que sonner comme lui : il est comme lui ; car la métalinguistique est la métaphysique de la technique universelle de toutes les langues en un seul instrument, l’instrument unique d’information fonctionnelle et interplanétaire. Métaphysique et satellite, métalinguistique et technique sont le même. [13]

La philosophie selon l’auteur des Investigations, n’a rien à expliquer ni à déduire ; elle ne peut faire que placer les choses devant nous. L’erreur dit Wittgenstein consiste à chercher une explication là où il n’y a rien d’autre à faire que de concevoir les faits comme des ‘phénomènes originels’ et de constater que tel ou tel jeu de langage est mis en œuvre.

La mécanisation du langage
La première révolution techno-linguistique fut l’invention de l’écriture, dont les effets se sont trouvés amplifiés lors de la généralisation de l’imprimerie. La seconde fut la grammatisation de toutes les langues du monde, amplifiée elle aussi par la mise en place des politiques linguistiques nationales et l’alphabétisation. La troisième est celle du traitement électronique de l’information présentée en langage naturel. Il s’agit véritablement d’une mécanisation des forces privilégiées de la communication humaine. L’un des premiers et des plus célèbres programmes de TALN nés dans le laboratoire d’IA est, sans conteste, le programme ELIZA mis au point par Joseph Weizenbaum vers 1964. Ce programme visait à établir la capacité pour un ordinateur à simuler une conversion en anglais avec un interlocuteur humain. Le programme était bâti sur deux niveaux : le premier, invariable, analysait les réponses entrées par l’interlocuteur pour y découvrir selon une technique très élémentaire de la correspondance de former des schémas d’expression. Le second, appelé script, variait suivant les versions du programme, et devrait permettre d’improviser des réponses plausibles sur un thème conversationnel particulier. Le traitement auquel il soumet les réponses de son interlocuteur humain consiste exclusivement à y rechercher des séquences qu’il a en mémoire et auxquelles il sait ‘répondre.’ Voici quelques fragments de conversation avec Eliza- DOCTOR :
(…) Les hommes sont les mêmes. De quelle façon ? Ils sont toujours à nous embêter avec leurs histoires. Pensez-vous à un exemple précis ? Et bien, c’est mon ami qui m’a fait venir ici. Votre ami vous a fait venir ici ? Il dit que je suis déprimé. Je suis navré d’apprendre que vous êtes déprimé. C’est vrai, je suis malheureuse. Pensez-vous que le fait de venir ici va vous aider à ne pas être malheureuse ? J’ai besoin d’aide, c’est certain. Que signifie pour vous obtenir de l’aide ? Peut-être pourrais-je apprendre à m’entendre avec ma mère. Dites-m’en plus sur votre famille, c’est ma mère qui s’occupe de moi. Qui d’autre dans la famille s’occupe de vous ? Mon père. Votre père ? D’une certaine façon vous êtes comme mon père. Quelle ressemblance voyez-vous ? (…) [14]

En dépit de sa rusticité, le programme ‘marche’ étonnamment bien, ou, si l’on préfère fait parfaitement bien marcher ses interlocuteurs humains notamment les plus naïfs en matière d’ordinateur et d’intelligence artificielle. Schank, pour sa part réfléchit sur la nature des processus de compréhension. Il constate par exemple que les humains sont très rarement capables de se souvenir avec exactitude de la forme linguistique dans laquelle on leur a communiqué une information. Ce dont ils se souviennent c’est le contenu de l’information qu’ils restituent par diverses paraphrases. D’après lui, les humains traduisent spontanément l’information linguistique en des représentations conceptuelles, qui sont d’ailleurs indépendantes des structures syntaxiques et sans doute même du lexique particulier d’une langue naturelle. Schank essaye de montrer que, très souvent l’information linguistique est non seulement très pauvre, mais aussi extrêmement ambiguë eu égard à ce que les humains sont capables d’en tirer. Aussi d’une phrase comme ; « Jean pleure lorsque Marie lui dit qu’elle aime Jacques, bien des humains inféreront, par exemple, que Jean aimait Marie et a été attristé par la révélation de son amour pour un autre.»[15]

En quoi consiste l’éthique
L’éthique concerne les actions et les comportements humains. Son rôle intellectuel est de déterminer en quoi consiste ce qu’il convient de faire ou ce qu’il est bon d’obtenir pour un individu, un groupe ou tous les hommes. Les normes éthiques se spécifient selon les domaines ouverts à l’action. Evaluer l’impact du développement scientifique et technologique sur l’environnement et la vie des hommes, déterminer, en particulier dans quelle direction il importe de poursuivre ou non ce développement constituent autant des problèmes éthiques. L’immense diversification intellectuelle et culturelle des sociétés modernes, autant que la multiplication des échanges entre différentes civilisations ont conduit à un renouveau important de la réflexion éthique contemporaine.
Ce qui renforce l’idée d’une nécessaire éthique linguistique c’est, fondamentalement, l’acceptation du fait de la diversité des langues. Mais le véritable passage à une dimension éthique s’effectue lorsque l’on réfléchit au statut de ce fait. Le premier problème que l’on rencontre est celui appelé le racisme linguistique. Il y a racisme lorsque les différences réelles sont interprétées comme des différences de statut intellectuel et spirituel, comme des différences d’humanité.
Le racisme linguistique a deux sources. L’une provient de la linguistique populaire. Les individus et les peuples voient dans leur idiome une forme d’individuation et de constitution de leur identité. C’est une tendance courante que d’interpréter la différence comme inégalité et supériorité par rapport à l’autre. La seconde source du racisme linguistique est d’origine savante. Il y de forts prolongements dans la philosophie contemporaine par l’intermédiaire du thème (heideggérien) de la supériorité indépassable du grec et de l’allemand pour la constitution de cette discipline.
Habituellement lorsque l’on parle des langues harmonieuses, des langues logiques, des langues pauvres, ces qualités sont toujours traduites en termes d’échelle de valeurs où nos propres habitudes linguistiques servent d’étalon. Lorsque l’on parle de la « qualité de la langue », on vise, en fait, la qualité du discours. Dans le monde moderne, l’utilisation des langues est régie par des lois. Les Etats fixent généralement dans leur constitution les langues officielles, c’est-à-dire celles dans lesquelles s’effectuent l’administration, se promulguent les lois, se rend la justice. Une langue ne survit que si elle est une langue officielle pour un nombre important de locuteurs. Le multilinguisme est une solution qui a été adoptée dans de nombreuses circonstances historiques et culturelles. On peut penser que le multilinguisme respecte davantage la liberté individuelle et qu’il préserve la diversité.

Conclusion
Nous réalisons au terme de cette analyse que la philosophie du langage est aujourd’hui un champ vaste et complexe, en pleine évolution. Il est probablement appelé à devenir, dans les prochaines années l’un des domaines fondamentaux de la recherche philosophique. Le langage est un enjeu technologique fondamental pour les décennies qui viennent. Le philosophe aujourd’hui doit affronter la question de l’essence du langage en soi et pour soi !
Les philosophes anglo-saxons et les positivistes austro-allemands (Cercle de Vienne), héritiers de la réaction néo-kantienne à l’idéalisme, ont joué un rôle de pionniers dans ce domaine, en faisant du langage l’un des objets essentiels de leur réflexion.
par Richard DOUNIA

[1] Sylvain AUROUX, La philosophie du langage, Edi, Paris, PUF, 1996, p. 17.
[2] André Leroi-Gourhan, cité par Sylvain Auroux, Op. cit., p. 40.

[3] Aristote cité par Sylvain AUROUX, op. cit., p. 50.
[4] Rousseau cité par Sylvain AUROUX, op. cit., p. 51.
[5] Rousseau, op. cit., p. 54.
[6] Op. cit., p. 61.
[7] André Leroi-Gourhan cité par Sylvain AUROUX, op. cit., p. 77.
[8] Descartes, cité par Sylvain AUROUX, op. cit., p. 195.
[9] Martin Heidegger, cité par Sylvain AUROUX, op. cit., p. 223.
[10] Heidegger, op. cit., p. 226.
[11] Wittgenstein, cité par Sylvain AUROUX, op. cit., p. 244.
[12] Wittgenstein, op. cit., p. 246
[13] Op. cit., p. 249
[14] Op. cit., p. 262.
[15] Schank cité par AUROUX, op. cit., p. 271.